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dimanche 12 janvier 2020

"C’est inutile de venir, je n’ai rien à vous montrer"

La rétrospective Faites entrer l'infini sur Elisabeth Joulia s'est terminée il y a quelques jours. Le vernissage a attiré des centaines de personnes, la rue principale de la Borne était noire de voitures. L'occasion pour certains de découvrir le village ou d'y revenir après des années voire des décennies. Joulia a fait déplacer les foules. Le Centre Céramique Contemporaine a terminé l'année en beauté avec l'exposition star de sa programmation 2019 en 150 oeuvres en grès ou terres enfumées, une quinzaine de bronzes et des oeuvres graphiques. Revenons sur l'évènement avec celui qui en est à l'origine : Joseph Rossetto. Commissaire de l'exposition et auteur de la monographie consacrée à Elisabeth Joulia, c'est au travers de ses mots que le Strict Maximum commence l'année. L'occasion pour lui de revenir sur ce projet et les souvenirs du temps passer à la Borne avec la céramiste.



Quelle est la genèse de ce projet de monographie sur Elisabeth Joulia ?
Il arrive qu’à la découverte de certaines œuvres nous ayons le sentiment de faire corps avec elles : elles entrent dans nos vies et nous savons que leur présence nous accompagnera pour le reste de l’existence. Certains artistes ont ainsi ce pouvoir de nous procurer un sentiment de joie et de conférer à chacun de nous une dignité immense. L’art est parfois une victoire sur la vie, le temps et sur tout ce qui est détestable dans le monde. C’est ce que j’ai ressenti devant l’œuvre d’Elisabeth Joulia. J’ai eu très tôt le désir de m’ouvrir le chemin de sa vie intérieure. J’avais besoin d’exprimer avec des mots le cheminement de cette grande artiste, de témoigner de toute une vie de création. Quinze années après sa disparition rien n’avait été encore écrit. Il était urgent de lui rendre ce qu’elle m’avait donné. J’ai donc demandé à son fils, Grégoire Schneider, de me confier ses archives, ce qu’il a fait sans hésiter. Alors, a commencé un long travail de recherches et d’écriture, une expérience intense…





Parlez-nous de votre premier contact avec son œuvre ?
J’étais interne dans un lycée de Toulouse. J’ai quitté le lycée une après-midi sans autorisation et j’ai aperçu pour la première fois des œuvres d’Elisabeth Joulia dans la vitrine de la galerie At Home. La transgression peut être bénéfique ! J’ai éprouvé un sentiment de joie, un désir nouveau. Je me renseignais et découvrais dans des revues l’existence de La Borne et ses artistes mythiques, Joulia, Lerat, Mohy… Mon objectif a été alors de m’y rendre le plus rapidement possible. C’est ce que j’ai fait dès que je suis rentré à l’Université. J’étais passionné depuis toujours par la sculpture et la peinture. Mais les créations de Joulia, avec de l’argile, me touchaient profondément, une attraction sidérale m’orientait infailliblement vers elles.

Une visite chez Elisabeth Joulia à la Borne, à quoi cela ressemblait-il?
Pour ma part, je dirai d’abord le sentiment d’impatience que je ressentais au fur et à mesure que j’approchais et plus particulièrement lorsque je franchissais la voûte des arbres jusqu’à cette clairière occupée par le village. Après voir franchi le petit jardin clos à l’entrée de la maison endormie dans la verdure indomptable, il fallait agiter la cloche très fort. Un rouleau de papier et un crayon étaient destinés aux imprudents qui n’avaient pas averti de leur visite. L’accueil était toujours chaleureux. Il y avait aussitôt le petit cérémonial du thé dans la petite cuisine qui communiquait avec l’atelier. Joulia observait très attentivement le bol que le visiteur choisissait, parmi ceux présentés dans une grande coupe. C’était une manière de connaitre la personne qui lui rendait visite. Joulia avait un regard acéré, en profondeur, poétique sur les objets et sur le monde. Parfois ses propos pouvaient être acerbes mais elle était d’une fidélité sans faille avec les personnes qu’elle aimait. Elle préférait écouter, entendre les engagements de chacun, notamment ceux qui soignaient ou éduquaient les enfants et les adolescents. Elle ne s’exprimait jamais sur ses œuvres, sur le sens qu’elle leur donnait. Et ses propos étaient dénués de toute forme d’intellectualisme dont elle avait horreur. Joulia était d’une grande humilité sur son travail. Puis c’était le moment tant attendu de la découverte des nouvelles œuvres dans une petite salle attenante ou dans l’atelier. Les sculptures, les bols, les théières s’offraient d’un coup. L’émotion était forte. Le regard tentait d’embrasser tout à la fois… Il était difficile de ne pas repartir avec une œuvre dans ses bras ou au pire de la réserver. C’était une façon de se ressourcer. On repartait alors vers un autre horizon, un horizon ouvert.

Photo prise à Rome en 1953 - Archives photographies Joulia

Dans son atelier, la Borne, 1951 - Archives photographies Joulia 

Photo prise au Maroc en 1956 - Archives photographies Joulia

Avez-vous une anecdote sur vos rencontres avec elle à nous raconter?
Ma première rencontre avec elle qui n’a pas eu lieu. Alors que j’étais étudiant, je passais un mois au château de Ratilly. Je voulais découvrir La Borne et voir à tout prix Joulia. Lorsque je l’ai appelé d’une cabine téléphonique près de sa maison. Elle m’a dit sèchement: « C’est inutile de venir, je n’ai rien à vous montrer ». Je suis reparti et l’hiver suivant, j’ai acheté deux magnifiques sculptures en grès blanc, à la galerie Jacqueline Blanquet à Paris. J’étais alors un sportif quasi professionnel et avec l’argent que je gagnais, j’achetais des sculptures. Qu’un footballeur lui achète des œuvres, cela a fait beaucoup rire Joulia. Elle m’appelait alors « L’homme à la moto » sans doute à cause de mes cheveux longs car je n’ai jamais eu de moto. Puis nous sommes devenus amis et je suis allé la voir plusieurs fois par an jusqu’à sa disparition.

Revenons à la monographie, vous avez eu accès aux archives pour la réaliser, qu’est ce que vous y avez découvert que vous n’aviez pas perçu lors de vos rencontres avec la céramiste.
J’ai été surpris par l’importance de l’œuvre céramique, graphique et poétique. J’ai découvert la vie intérieure d’une artiste, une vie d’ascète, une quête spirituelle qui rythme le renouvellement permanent de ces œuvres. Une douleur qu’elle exprime dans les poèmes, les brouillons de lettres, les fragments de journaux, cette douleur qui est toujours là autour d’elle. Elle ne sait pas si elle lui appartient, mais elle est là. J’ai découvert une belle jeune fille passionnée par la peinture, la sculpture, par la photographie, par les voyages et par la nature. Les archives gardent la mémoire de la quasi intégralité de ses créations, le plus souvent photographiées par elle-même. Durant toute sa vie, Joulia recherche une forme de vérité dans l’univers, qu’elle voit toujours en mouvement, dans un rythme sans trêve, comme celui de la mer. Son énergie – l’énergie est l’affaire de sa vie- rejoint celle de l’univers,  en une respiration profonde. Elle en perçoit les signes, qu’elle traduit dans ses œuvres. C’est sa façon d’espérer, d’avancer dans sa vie, d’avoir foi au présent. Les formes qu’elle crée suivent cette quête. Joulia cherche toujours des formes nouvelles, elle refuse de s’enfermer dans son savoir. Et ce moment de création est aussi celui du déséquilibre, durant lequel elle se dépasse pour trouver toujours quelque chose de nouveau. C’est sa vérité.

Comment s’est passé ce « retour à la borne » de l’œuvre de Joulia par le biais de l’exposition au CCC?
Le temps de la rétrospective est venu à la fin de l’écriture du livre. Il fallait réunir un ensemble d’œuvres qui permettent de suivre son parcours, sans qu’il n’y ait de manque majeur. Certaines sculptures sont à l’étranger et notamment aux Etats-Unis. Néanmoins, le nombreux public qui s’est déplacé à La Borne a trouvé que les pièces enfin réunies étaient très représentatives, impressionnantes, surprenantes, émouvantes. Pour ce qui me concerne, j’étais heureux du regard des anciens de La Borne, des amis de Joulia et de l’émotion partagée.





La monographie de l'exposition Joulia -Faites entrer l'infini- écrite par Joseph Rossetto est illustrée d’un grand nombre de photographies et de documents qui couvrent la vie et l’œuvre de l’artiste. C'est l'unique ouvrage existant à ce jour sur Elisabeth Joulia. 
Il est disponible au Centre Céramique Contemporaine de la Borne (et par correspondance) et dans les galeries Prisme et Terres d'Aligre à Paris.



Photos 1 et 3 de l'article: Joseph Rosetto

vendredi 11 octobre 2019

Jacques Laroussinie, architecture et vide.



Après François Maréchal en mars, c'est aujourd'hui un autre grand monsieur de la Borne que la Galerie Prisme met en avant : Jacques Laroussinie.
Après avoir fréquenté l'atelier de céramique de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Bourges et les cours de Jean et Jacqueline Lerat, il s'installe dans l'Eure et Loir en 1972 et y construit son premier four à bois. Ce n'est qu'en 2007 qu'il revient vivre près de la Borne dans une maison-atelier en bois construite avec l'un de ses fils à la lisière de la forêt. Un lieu magique hors du temps où des sculptures vous accueillent dès le jardin.





C'est la première fois que Jacques Laroussinie expose son travail à Paris. A 74 ans, il continue d'explorer des thèmes auxquels il est fidèle depuis toujours : l'architecture -qu'il travaille à la plaque et évoquant des habitats lointains, souvenirs de ses voyages à travers le monde- , de grands vases dans lesquels un buste peut être perçu -empreinte de l'école "Lerat"- et d'autres vases/sculptures comme éventrés d'une faille. Dans ces derniers, il ne sera plus question de bouquet ou d'eau, le vide se suffisant à lui-même.

Jacques Laroussinie aime construire mais aussi déconstruire. La preuve par ses "non-théières" (théières sans parois pour une brûlure assurée) ou en signant d'un des anagrammes de son nom (il en a trouvé des dizaines!) 

La Galerie Prisme édite pour l'occasion un catalogue sur le travail du céramiste. Jacques Laroussinie y cite un ami sculpteur et poète qui clôturera notre article "un four c'est comme une maman, il porte nos enfants" Les derniers enfants de Jacques se trouvent 1 avenue du Père Lachaise (Paris 20e) jusqu'au 10 novembre 2019.










lundi 19 août 2019

Dormition.

Chers fidèles, il nous parait important avant de commencer le récit de ce week-end prolongé du 15 Août, mitigé mais exaltant, de nous poser la question "pourquoi le 15 Août est-il férié"? 
Le 15 Août est visiblement chômé pour cause d'Assomption de la Vierge Marie ou "Dormition" pour nos amis de la tradition orientale. Selon cette rumeur persistante la Vierge Marie serait montée au ciel tout de go sans passer par la case décès. En y regardant de plus près et avec tous les bons services rendus, comment  Dieu aurait-il pu lui refuser pareille faveur? C'est donc grâce à ces petits arrangements entre Marie et Dieu que nous avons l'occasion depuis bien longtemps maintenant d'arpenter la brocante de la Borne, et pour cela nous les louons.


Fini les conneries, emmenez-moi dans le Berry!

Participer à cette session 2019 s’annonce risqué à en croire les prévisions météorologiques mais finalement à part une bonne grosse averse bien humide aux alentours de 8h, rien à signaler. Petit à petit le ciel bleu gagne du terrain et nous pouvons profiter du village au sec. Côté trouvailles notables, nous ramenons un pot couvert d'Elisabeth Joulia (que nous n’appellerons pas Babeth) et une petite sculpture en résine achetée au pif et au feeling qui s'avère être du sculpteur Emile Gilioli.


Pot à couvercle - Grès. Elisabeth Joulia


Sculpture "Fleur jaune" - Résine . Emile Gilioli

Alors qu'il est prévu de rester au village des potiers uniquement la matinée, de rencontre en rencontre comme de fil en aiguille nous y passons finalement la journée. L'occasion pour nous d'enfin visiter l'atelier de la peintre Patrick Jannin-Oms dont nous avons découvert le travail à la Galerie Prisme au printemps 2018. 
Née en 1944 à Paris, Patrick suit une formation classique de dessin, peinture et sculpture à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris.
Elle y acquiert une véritable technique qu'elle utilisera notamment en travaillant dans une agence d'architecture sur des peintures murales et des tapisseries.

Dunes, gravure. Patrick Jannin-Oms

Joyeuse, gravure. Patrick Jannin-Oms

En 1973 l'artiste commence la gravure qu'elle tire elle-même. L'oeuvre de Patrick est "zen", son espace de vie et de travail l'est tout autant.


Vue d'atelier - Patrick Jannin-Oms

Nous découvrons également le travail d'une nouvelle venue à la Borne: la truculente Laurence Blasco-Mauriaucourt. 
Née en 1966, Laurence rejoint le monde de la céramique après une carrière de journaliste et d'auteure de Théâtre. Elle se familiarise avec la terre auprès de Philippe Paumier, Valérie Perrier et Eric Astoul. Par la suite Laurence entreprend une formation au tournage à l'Ecole Internationale des Métiers de la Céramique de Saint-Amand-en-Puisaye.

Vase en grès - Laurence Balsco-Mauriaucourt

"Bolhomme" et théière en grès - Laurence Blasco-Mauriaucourt

Modernité, simplicité et ingéniosité sont au rendez-vous.
Laurence ne va pas compter pour du beurre à la Borne, ça c'est le SM qui vous le dit. Talent à suivre donc!

Cette journée qui s'éternise est également l'occasion de rendre visite à Eric Astoul, monument de la Borne.
La dernière cuisson du céramiste regorge de pépites rompant avec son style habituel. Le Strict Maximum est charmé, celle-ci sera pour nous.


Sculpture, grès - Eric Astoul.

Nous quittons finalement la Borne au petit matin du 16 Août avec un but bien précis. 
Une visite. 
Un artiste. 
Un sculpteur. 
Mais ça bande de coquins, c'est l'objet du billet prochain.

mercredi 1 mai 2019

Martin Hammond.

Il y a de cela 4 ans, alors que nous découvrions encore la Borne et ses alentours, nous hésitions entre deux artistes pour effectuer notre second achat "céramique contemporaine" mais notre premier au "Centre céramique contemporaine la Borne". Souvenez vous ici.

Le choix fût difficile mais nous repartions avec une Brigitte Marionneau sous le bras et un Martin Hammond en tête à qui nous nous étions jurés de rendre visite prochainement.
Sauf qu'au Strict Maximum le "prochainement" peut être très soudain comme très lointain.
A notre décharge nous avons déjà tenté de visiter Martin mais son atelier n'étant pas clairement indiqué dans le village, nous sommes passés à côté.


Colonne de Martin Hammond, sculptures de C.Monchaussé et S.Garotte

Mais le destin reste le destin! 
Juste avant notre dernier week-end bornois, nous décidons d'envoyer un mail à Mr Hammond. Sa fille Judy nous répond et accepte de nous recevoir.
Heureux hasard car c'est en fait ce même week-end qu'elle décide aidée de ses frères, Francis et Thomas, de vider la maison et l'atelier de leur père qui vit désormais exclusivement à Londres.


Martin photographié dans son atelier à Londres.

N'ayant eu l'occasion de le rencontrer en personne et désireux d'en savoir un peu plus à son sujet, notre équipe s'est donc rapprochée de ses enfants.
C'est avec une grande gentillesse qu'ils nous ont fourni les informations qui suivent ainsi que les clichés récents, pris par  son fils photographe, Francis Hammond, qui illustreront à l'automne un article dans le magazine Scala Regia.

Martin Hammond, 1996.

Martin est né en Angleterre en 1931. Il étudie le dessin et la peinture au Royal College of Art de Londres ainsi que la céramique aux Beaux Arts avant de devenir professeur d'Art à son tour.

A partir de 1966, il réalise des cuissons bois dans sa maison Londonienne où il possède également un four électrique et un four à gaz.
C'est dans les années 70 qu'il découvre le Berry grâce à Svein Hjorth-Jensenet, céramiste à la Borne. Il s'y fait rapidement des amis  et s'y rend alors chaque été pour y faire de la poterie.

Dans l'atelier d'Humbligny.

En 1987, Martin s'installe à son tour près de la Borne et achète une maison à Humbligny où il y construit son propre four à bois ainsi que son tour de potier.
Si sa peinture est influencée par Cézanne et Matisse, ce sont les formes de Brancusi qui se retrouvent dans son travail de céramiste.


Four de Martin Hammond à Humbligny

Martin Hammond dans son atelier à Londres.


Martin Hammond, 1995.

Vase en grès à col aplati.

Vases de Martin Hammond et sculpture de Jacques Laroussinie.

Si nous n'avons pu effectivement rencontrer l'homme nous sommes ravis d'avoir rencontré l'oeuvre.
Martin Hammond ne viendra plus à la Borne et restera désormais à Londres entouré de sa femme Audrey -également peintre-, de leurs quatre enfants et 13 petits enfants...

Vase Femme en grès.


jeudi 28 février 2019

Nuances de grès.


Le mois de mars commence avec une nouvelle exposition à Paris -"Nuances de grès"- mettant un Bornois à l'honneur. Il s'agit de François Maréchal, né en 1945, céramiste discret ayant fait ses marques auprès de Jean Linard et les Beaux-arts de Bourges dans l'atelier de Jean Lerat.
La Galerie Prisme présente 18 nouvelles sculptures réalisées à l'automne 2018 et cuites dans un four à bois récemment construit. Et qui de mieux placée que la galeriste pour parler de ce temps fort? (mais pas que!)



Chancelia Debraux, vous présentez le travail du céramiste François Maréchal. Comment définissez-vous son travail?

François Maréchal est un artiste discret, son travail -qu’il effectue à la plaque- est très structuré, presque architectural. L’idée du rétrécissement de la base donne à ses vases ou sculptures une autre dimension qu’il accentue par des effets de matière en mélant à sa terre du sable ou des graviers et en jouant sur les contrastes avec ses engobes blancs sur la terre noire. C’est pour cela que nous avons choisi ce titre « Nuances de grès » pour cette exposition.

Il y a un an et demi, la Galerie Les Modernistes devenait la Galerie Prisme. Pourquoi ce changement après seize années d'activité?
Nous avons ouvert notre première galerie en 2002 dans le quartier d'Aligre avec comme fil conducteur le design d'après-guerre, les fameuses «trente glorieuses » Avec du mobilier, de la céramique et des luminaires. Parmi les designers présentés: Alain Richard, Pierre Paulin, Mathieu Matégot, René Jean Caillette, Charlotte Perriand, Pierre Guariche... la liste est longue ! En céramique, quelques pièces de Roger Capron, Georges Jouve, Jean et Jacqueline Lerat, Mado Jolain, Robert Deblander, et bien d'autres. Les modernistes évoquaient pour moi une époque, une ligne, le Bauhaus, l'architecture et cela collait bien aux scénographies XXème qu'on présentait alors à la galerie. Petit à petit, mes goûts pour la céramique ont pris le dessus sur le mobilier. Il fallait trouver un nouveau nom pour marquer ce tournant. Le nom des Modernistes nous collait à la peau, nous avons très vite trouvé Prisme pour évoquer le regard différent que chacun peut porter sur un même objet.



Avez-vous le sentiment qu'il y a un regain d'intérêt pour les oeuvres en céramique, que vous touchez une nouvelle clientèle de collectionneurs ?
La céramique fait partie du monde de l'art un peu partout en Europe, elle a tardé à accrocher le collectionneur français plutôt enclin à acheter du mobilier design, de la photo, des tableaux. En France, elle était réservée à un petit milieu de collectionneurs avertis. Depuis quelques années, un vent de « retour à la terre » semble s'emparer des nouvelles générations qui découvrent les possibilités infinies de ce matériau céramique à la frontière de l'art et de l'artisanat. La sculpture céramique ne s'est jamais aussi bien vendue...





Parmi les artistes représentés de manière permanente à la galerie, on trouve le couple de céramistes parisiens Andrée et Michel Hirlet que vous avez rencontré d'une manière plutôt atypique...
C'est en effet une vieille histoire qui remonte à 2004, Andrée Hirlet et moi étions assises l’une à coté de l’autre à l’hôtel Drouot. Novice, elle me questionnait sur le fonctionnement des enchères. De fil en aiguille nous nous sommes présentées, j’apprends qu’elle et son mari sont céramistes à Paris et je lui parle de mon métier. S’en suit une visite à la galerie. J'avais en vitrine un miroir en grès dont je ne connaissais pas le créateur, il s'est avéré qu'il était des Hirlet !
Cette rencontre est capitale dans mon parcours de galeriste. Je n'expose que des choses que j'aime, anonymes ou pas. Nous nous sommes revus dans leur atelier et l'idée d'une exposition s'est rapidement concrétisée. 40 sculptures en grès toutes époques confondues ont fait l'objet d'une petite rétrospective en 2005. Depuis, nous avons en permanence des sculptures du couple à la Galerie Prisme.

Les objets ont souvent des histoires, en avez-vous une à nous raconter sur l'un de ceux qui vous entourent à la galerie?
Il s'agit d'une sculpture des Hirlet justement. En 2009 en arrivant au 3 avenue du Père Lachaise, nous voulions mettre à l'honneur les artistes défendus depuis nos débuts à Aligre, et nous avions demandé aux Hirlet de nous créer une série de 30 bols pour l'inauguration.
Les plasticiens m'ont regardée un peu dépités car l'utilitaire n'a jamais été « leur truc ». Mais très imaginatifs comme ils sont, ils m'ont proposé de créer 30 pièces sur le thème du bol. Et sont sortis du four 30 magnifiques sculptures revisitant le bol.

Une exposition à nous conseiller ?
Vasarely à Pompidou, précurseur et résolument moderne !






"François Maréchal, nuances de grès"
Du 1er au 31 mars 2019 à la Galerie Prisme, 3 avenue du Père Lachaise, Paris XXème.
Vernissage vendredi 1er mars dès 16h en présence de l'artiste.


jeudi 9 août 2018

Les pionniers de la céramique moderne.





Tout comme notre équipe du Strict Maximum, c'est le moment pour vous d'aller à Bourges et plus précisément au musée des Arts Décoratifs. S'y déroule et ce jusqu'au 7 janvier 2019, l'exposition "Les pionniers de la céramique moderne, la Borne" Alors certes vous avez encore le temps mais ne voyez jamais une expo après tout le monde!

A cette occasion, est enfin publié un ouvrage de référence sur la Borne. Ou du moins, sur ses pionniers, ses modernes. Ceux qui, de 1941 à 1959, sont arrivés au village des idées plein la tête et allaient donner un nouveau souffle à la poterie traditionnelle: Jean et Jacqueline Lerat, André Rozay, Vassil Ivanoff, Pierre Mestre, Elisabeth Joulia, Yves Mohy,  Monique Lacroix et Claudine Monchaussé.
Ce catalogue est impeccable. Les biographies de nos neuf pionniers sont riches en anecdotes et en photos d'archives. Le tout illustré des oeuvres présentent dans l'exposition. A posséder absolument.


Jacqueline Lerat

Elisabeth Joulia

Yves Mohy

Vous en prendrez plein la vue puisque ce sont essentiellement des pièces sculpturales et de grandes tailles qui sont présentées: fontaines d'Elisabeth Joulia, Lerat et Mohy XXL, statue de Pierre Mestre... Il y a bien quelques théières mais on en oublierait presque que l'on peut y faire du thé dedans.


Jean Lerat

Jean Lerat

Claudine Monchaussé

Yves Mohy

Monique Lacroix


On pourrait vous en montrer beaucoup plus mais il faut bien que vous ayez quelques surprises. Et avec plus de 150 pièces exposées, vous en aurez encore forcément quelques-unes.

Une fois à Bourges, vous n'êtes plus très loin de la Borne. Il y a toujours à y voir et en ce moment, le Centre Céramique Contemporaine expose le travail de Sylvie Enjalbert et ses pots ne manquant pas de rappeler l'art tribal.






Le SM était déjà passé au musée Vassil Ivanoff mais on ne lui avait pas proposé le petit extra: un tour de la maison-atelier de l'artiste où tout est resté intact. Ne manquait que lui pour nous donner quelques prix! 
Mais comme il s'amusait à le dire "Je suis le plus grand collectionneur de Vassil Ivanoff!" Tout est dit.