mercredi 26 décembre 2018

Florence Pauliac s'arme de poésie.




Le Strict Maximum vous amène aujourd’hui dans l’univers poétique et délicat de la céramiste Florence Pauliac. C’est à deux pas d’Avignon qu’elle nous reçoit dans son Slow Ceramic Studio qu’elle rejoint parfois dès l’aube pour travailler la terre, la marquer de l'emprunte d'une feuille ou l'orner de paysages que vous ne verrez pas au premier coup d'oeil. Pour cela, il vous faudra vous approcher, prendre le temps.

Le temps, Florence Pauliac se le donne. Elle produit peu et lentement, faisant évoluer ses formes, changeant leur échelle et les perchant parfois sur de petits pieds, les rendant légères et élégantes. 

Installée à sa table de travail, la baie vitrée lui offre un tableau de verdure. Quand à la fenêtre, elle lui permet de garder un oeil sur le four à gaz qu'elle a elle-même construit.

Dans son atelier, les bols « au creux des mains » côtoient les « armures poétiques », les coupelles réalisées au coude, les totems ou encore les « petites compagnes » La plupart des pièces tiennent dans la main. Les autres, mystérieuses et apaisantes, vous donnent le sentiment de venir d'un autre temps et de veiller sur vous. Au-temps rapidement en profiter.









Florence, pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre parcours et ce qui vous a conduit à la céramique? 

La terre sous toutes ses formes et comme matière est présente depuis le début de mon travail. C'est un fil conducteur. Je l'utilisais comme un fusain pour dessiner ou pour des installations durant mes études aux beaux-arts. Je l'ai regardé autrement, de plus loin durant des études d'aménagement du paysage. Puis j'ai travaillé dans des pépinières, elle a été alors source d'un nouveau rapport au temps, au travail dans le sens de labeur. C'est à travers le métier d'artisan et celui de céramiste, où la terre se cuit, que j'ai trouvé ma place.

Depuis combien de temps avez-vous décidé que la céramique occuperait vos journées ?

Je crois que je n'ai pas vraiment décidé. C'est plutôt le résultat d'un processus. J'ai exercé plein d'autres métiers, mais c'est à  chaque fois que je passe le pas de la porte de mon atelier que tout se met en place. Une évidence. La véritable décision a été de renoncer à vouloir faire autre chose pour moi.







Petite compagne.


« Slow Ceramic Studio », comment pouvez-vous le définir ?

Ce nom est bien sûr inspiré du mouvement Slow food et des valeurs qu'il véhicule.
Il est là pour rappeler que je transmets plus qu'un objet. Celui-ci est pensé, réalisé, partagé avec le désir d'attirer l'attention sur l'importance de prendre le temps, d'être à un rythme qui nous permet de voir plus que ce qui s'offre à nous. «Un temps pour l'invisible» comme dirait Anne Sibran.

Vos totems et armures semblent venir d'ailleurs. Comment sont nées ces séries ?

Mon travail est lié au récit. Je crois que j'aime autant conter l'histoire des pièces que les façonner. Chacune d'entre elles est porteuse d'un souvenir, une mémoire, un hommage qui lui donne sens et, peut-être, par extension, une certaine fonction.
« Géométrie primitive » s'intéresse aux origines. Elles sont inspirées des portraits de la photographe Kimiko Yoshida et de l'art africain.
« Aux creux des mains » est un petit bol qui fait appel à nos souvenirs sensoriels. La forme est née du moment où l'on appose les mains sur son bol en hiver pour les réchauffer. Si la paroi était souple elle aurait exactement le creux des mains.
« Les armures poétiques » sont nées à un moment de ma vie où j'avais besoin de m'armer de poésie. Elles sont inspirées des kimonos japonais et ont pour fonction d'accompagner.






Bols Au creux des mains.

Armure poétique.


Il y a deux lectures dans la plupart de vos pièces. Si on prend le temps de les regarder attentivement, on peut y lire des......des paysages, des vols d'oiseaux, des branches de pins parasol, une neige qui se dépose sur les cimes d'une montagne. Ces décors sont une porte au rêve et à la contemplation. Ils demandent du temps pour que l'oeil de l'observateur les voit. Et c'est bien cela le sujet, prendre le temps pour voir ce qui ne nous est pas donné du premier coup. Etre dans l'épaisseur.

Vous cuisez la majorité de vos pièces dans votre four à gaz attenant à votre atelier mais pas que ?
Chaque type de cuisson apporte une qualité unique. J'ai eu la chance de participer à une cuisson Anagama chez Michel Cohen dans les hautes alpes. Le feu y a dessiné une matière que seule peut faire apparaître cette cuisson au bois. Elle m'a inspiré pour de nouvelles recherches. Cuire ailleurs et se former sont nécessaire pour faire évoluer son travail.















Dans votre atelier, on ne croise pas que de la céramique, vous dessinez également ?
Oui, de plus en plus. C'est une autre manière de travailler, complémentaire. D'autres choses s'y disent. Je passe des fois du dessin à la sculpture, c'est un vrai exercice, comment donner au volume une troisième dimension. Et puis il y a le dessin que pour le dessin, juste pour le plaisir.

Avez-vous de nouvelles séries ou projets en cours ?
J'ai deux vases respectivement hérités par chacune de mes grands-mères aux personnalités très différentes, je souhaite les faire revivre ensemble. Un soliflore pour les herbes sauvages à grande tige car je n'arrive jamais à trouver ce qui leur va... J'ai envie de continuer à développer la forme des totems, leur donner plus de corps, faire un noir craquelé... pas mal de projet en fait!


Où votre travail est-il visible actuellement ? 
Plusieurs galeries le présente actuellement: La Galerie Terra Viva qui me soutient depuis plusieurs années, la Galerie des Sélènes  à  Bordeaux et puis récemment la Galerie Ouvrage... dans le centre d'Aix-en-Provence, créée par deux architectes, Agnes et Sébastien Krier. 
Si vous ne pouvez pas vous déplacer il y a mon site, Instagram et ma boutique en ligne sur Etsy Slowceramicstudio, ils sont une possibilité pour le découvrir.

Une exposition ou une lecture à nous conseiller ?
Trois auteurs : Laurent Gaudé, Andreï Makine et Anne Sibran. Ils sont bien sûr des écrivains, mais je les vois comme des conteurs. Leurs romans vous embarquent bien plus loin, dans les profondeurs, derrière les voiles... avec humilité. 


Dans vos pas, on passe par...
Le centre d'art Campredon à l'Isle sur la Sorgue, je vais voir quasiment systématique leur programmation, je me souviens d'une très belle exposition sur la sculptrice Parvine Curie.
La boulangerie Bio «Les pains volants» à Le Thor, tout y est excellent. 
Et puis en Provence je conseille d'aller se faire un bol de nature: Dentelles de montmirail, Ventoux, Alpilles, ce pays regorge de lieux magnifiques. 



Derrière l'armure, Florence Pauliac.






lundi 24 décembre 2018

Déjà Noël?

Diable! Serait-ce déjà Noël?!
Le mois de Décembre étant plutôt jaune fluo cette année, il eût été facile de laisser passer ce 24 Décembre sans partager avec vous quelques clichés de moments délicieux en famille, autour d'un arbre, d'une buche et pour les plus protocolaires d'entre nous, d'une dinde.

Profitons de cette journée pluvieuse mais douce pour savourer le cru 2018 des photos de Noël du SM avant de retrouver nos familles et égaler pourquoi pas, l'ambiance merveilleuse de ces images.

Saurez vous dire à qui appartiennent les jambes de droite?

 En voilà une idée qu'elle est Rock&Roll.

 L'année s'annonce d'ores et déjà mouvementée.

Oups.

Si c'est pour nous, c'est NON.

Mince, pas le temps de gonfler le 3ème?


Vous nous prêteriez votre Père Noël? C'est pour une copine.

Ca excite au moins le chien.

Allez, à l'année prochaine.

lundi 17 décembre 2018

Odette, Robert et le Jas.


Lors d'éprouvantes et périlleuses recherches, votre Strict Maximum a découvert une série de photos réalisées au Jas du Revest-Saint-Martin, lieu de vie et de travail de l'éditeur Robert Morel mais surtout oeuvre architecturale de son épouse et collaboratrice Odette Ducarre. 





Bien des liens unissent votre SM à l'histoire d'Odette et de  Robert (cliquez dessus pour voir). Tout d'abord l'amitié de longue date d'avec Pierre Chapo et Véronique Filozof qu'ils rencontrent dès 1959. Les éditions Robert Morel et Véronique Filozof collaborent plusieurs fois ensemble. Plus tard, à la tête de la revue "le A" Robert Morel  consacre son édition du 22/07/86 à son ami Pierre Chapo disparu en début d'année. 
Nous apprenons tout récemment par l'artiste-peintre Charlotte Culot que le couple était également proche de son père, le céramiste Pierre Culot. Pour finir, en préparant ce billet, nous est enfin révélé le nom de l'architecte du posez vos valises du 08-07-2014 : Odette Ducarre.  Si ce n'est pas d'excellentes raisons pour se pencher sur leur cas, alors le SM ne sait pas ce qu'il vous faut!


La famille Morel au Jas.

C'est en 1949 qu'Odette Ducarre, artiste-peintre et architecte, rencontre son futur époux, Robert Morel, instituteur ayant déjà publié deux romans chez Julliard, L'annonciateur et La mère, romans qui témoignent de son engagement pour la foi chrétienne.

Odette Ducarre et Robert Morel.

Ensemble ils créent le Club Chrétien du livre, une maison d'édition dans laquelle ils vont reprendre le projet éditorial des Saints de tous les jours. Rien de bien excitant pour nous autres si ce n'est les maquettes des premières publications signées Le Corbusier.
Dieu merci, comme quoi on y revient, Robert Morel lance en parallèle un programme d'édition original et singulier.

Robert Morel.

Les éditions Robert Morel voient le jour en 1961. 
Trois collections font leur renommée: les "Célébrations", livres carrés qui présentent à chaque volume une nouvelle chose à célébrer; les "O", petits livres dont les pages rondes sont retenues par un anneau et la "Collection blanche" dont la particularité est de faire commencer le texte sur la première de couverture. 
Odette crée l'intégralité des maquettes des livres si particuliers que l'on connait aujourd'hui et qui participent au succès retentissant de l'éditeur. 


Un O, celui de Saint-Tropez.

Ce qui modifie totalement l'existence des éditions Robert Morel est son départ de Paris vers la province. Morel connait bien le midi  et en a gardé le goût. Un voyage en Provence d'Odette entraine la décision de quitter la capitale. 
Odette vient alors de bénéficier d'un petit héritage et achète un hameau en ruines, le Jas du Revest-Saint-Martin. Peu à peu les maisons sont relevées, selon les plans d'Odette.




Elle reconstruit, façon de parler, la totalité du village au prix de difficultés infinies mais parvient au miracle de préserver l'aspect ancestrale et régionale de l'architecture extérieure tout en recomposant avec des matériaux modernes l'espace intérieur. Les fenêtres, magnifiques n'ayons pas peur des mots, y sont traitées comme des peintures abstraites.

Faisons comme si nous n'avions pas vu le gros Mohy.

Pareil pour Szekely, nous ne l'avons pas vu.

Courant 60, Odette construit une dizaine d'habitations contemporaines dont certaines seront remarquées par la presse et s'attèle à plusieurs restaurations de bâtiments. Elle réalise également bon nombre de vitraux, ce qui lui vaut d'être choisie par son confrère l'architecte Claude Parent pour la réalisation de ceux de l'église Sainte-Bernadette à Nevers.

Eglise Sainte-Bernadette du Banlay - Architecte Claude Parent.

 Vitraux d'Odette Ducarre - Eglise Sainte-Bernadette du Banlay.


Si le Jas du Revest-Saint-Martin est un paradis, l'enfer n'est pas bien loin. Certains éléments de la population locale réagissent violemment à l'installation de la famille Morel. Ils tentent d'isoler l'éditeur, cassent les vitres des différents bâtiments, coupent la ligne téléphonique, percent le réservoir d'eau. 
L'ambiance au Jas devient insupportable.
Devant cette insalubrité sociale, communale, et morale, la famille décide de partir et de vendre les 10 maisons du Jas reconstruites en parties par les employés et les amis des Morel.

Robert Morel au Jas.

Robert Morel et Odette Ducarre mettent alors sur pied le projet des Hautes Plaines. Ils font l'acquisition d'un vaste terrain à l'abandon de 800 hectares.
Odette imagine une nouvelle maison pour la famille Morel et de nouveaux locaux pour les éditions le tout rappelant les habitations troglodytes de Castellaras.

C'est bon Odette, on l'a vu.

Même Robert n'arrive pas à le cacher.

Maquette des Hautes Plaines - Architecte Odette Ducarre.

Modernité et technologie sont les maitres mots aux Hautes Plaines.
Les bureaux des éditions sont disposés tels les alvéoles d'une ruche, tous ont vue sur le ciel comme des postes de pilotage équipés d'ordinateurs reliés entre eux par un système de dictaphones.
Tout ceci serait fascinant à voir oeuvrer mais n'aura jamais l'occasion de fonctionner.
En effet, le couple se lance dans cette aventure espérant le soutien des banques et obtenir de l'Etat une prime au développement, ce qui n'arrivera pas.


Tous leurs moyens et espoirs sont investis dans ce rêve démesuré qui ,construit sans l'aide d'investisseurs, conduira malheureusement les éditions Robert Morel à la faillite.


Gardons en mémoire que si la sanction frappe parfois ceux qui manquent d'audace, il arrive aussi qu'elle frappe ceux qui en ont trop.

mercredi 21 novembre 2018

Des nouvelles.




Le Strict Maximum vous laisse tranquille avec ce sujet depuis bien trop longtemps. Mais c'est bel et bien terminé aujourd'hui. C'est avec un plaisir évidemment partagé que nous reparlons ce soir de notre chère résidence et plus globalement du programme immobilier SGAF (Saint Gobain - Aluminium Français)


Pourquoi? Parceque nous avons enfin le numéro 14 de la revue Architecture de Lumière de 1966, que cette parution fait la part belle au travail de notre architecte Jacques Beufé -pour ceux qui ne s'en souviendraient pas- et  que du coup nous avons de chouettes photos à vous montrer. En espérant secrètement comme à chaque fois que cela serve à quelqu'un quelque part.




Ne nous dites pas que vous n'y avez pas pensé. Si non c'est normal. Qui se souvient de Catherine Ferry?

On commence avec une vue sur le parc de 11 hectares, même s'il ne s'agit que de la maquette, vous pouvez quand même vous rendre compte de son immensité. Oui Madame, 11.




On se rapproche des immeubles et on apprécie la beauté originelle faite de béton, d'Emalits bleues, d'huisseries en aluminium. C'est ce qu'on nomme le bon vieux temps.
On apprend que le choix des teintes des Emalits de Saint Gobain a été confié à Max Ingrand, maitre verrier et décorateur français des plus réputés d'après-guerre.



Et y'a quoi là dedans?
Pour le savoir, attardons nous sur un plan d'étage, composé d'un F5 et d'un F3. 




Si pour vous la lecture du plan n'est pas claire ou si vous mourez d'envie de voir ce que ça donne en "vrai", la revue nous propose cette vue 3D d'un appartement type F5. Cette cellule est scindée en deux zones distinctes, une "vie collective, vie de jour " et une "vie intime, vie de nuit". A noter que rien ne vous empêche cependant de lire dans votre chambre en plein après-midi accompagné de votre voisin,  veillez simplement à ce que cela ne s'ébruite pas.




Nous découvrons dans ce numéro que certains intérieurs ne sont pas équipés de portes coulissantes plaquées teck comme le nôtre mais en verre trempé, Saint-Gobain oblige.
Notons également les deux chambres qui peuvent être réunies en un seul et même espace de jeux.




La revue regorge de photos illustrants les différentes étapes de la fabrication des immeubles et de leurs intérieurs mais finalement, nous vous en avons déjà montré assez.
Tout juste concéderons nous à terminer ce tour par un drink dans le couloir.




C'est quand même pas du Formica au fond là bas?