dimanche 13 février 2022

Nom de code OD RM


«Pourquoi pas des livres ronds, carrés, triangulaires, troués, cubiques, reliés en bois ou en cuivre, imprimés sur des vieux papiers, de liège, filtre ou d’emballage, et même sans couverture, si c’est cela qui va de soi ?
Pourquoi faudrait-il qu’un livre ressemblât toujours à un autre livre ?
»
​​​​​​​
Robert Morel


Si d'aventure vous passer par Lyon ou pourquoi pas vous y rendre pour l'occasion, ne ratez pas l'exposition OD RM L'ARCHITECTURE DU LIVRE qui s'y tient au musée de l'imprimerie et de la communication graphique du 02 Février au 03 Juillet.

OD pour Odette Ducarre et RM pour Robert Morel, 04 lettres pour un duo qui révolutionne le monde de l'édition. 

Si les textes publiés par Robert Morel ne sont pas facile d'accès et de ce fait semblent réservés à une élite c'est sans compter sur le génie d'Odette Ducarre qui leur confère une apparence qui donne envie de s'en saisir et d'y plonger. Odette bâtit un livre comme elle bâtit une maison, sans jamais en trahir le texte, sans jamais en trahir l'habitant.

ROBERT MOREL

Denys Prache, premier relieur de Robert Morel se souvient "Quand arrive un livre signé Robert Morel, le chef d'atelier devient nerveux. Il sait que le travail à faire sera différent et que l'imaginaire d'Odette Ducarre, sans limites et totalement étranger aux impératifs techniques de l'industrie, l'obligera à jongler dangereusement avec son matériel... mais quel plaisir en même temps d'avoir à relier un livre autre"

C'est à l'occasion du centenaire de Robert Morel (22/03/2022) que le musée accueille une partie des collections de ses éditions. Les quelques 200 ouvrages présentés permettent de mesurer, si ce n'était déjà fait, l'importance de Robert Morel et Odette Ducarre dans le monde de l'édition.

ROBERT MOREL

ROBERT MOREL

ROBERT MOREL

Des artistes tels que Louis Pons, Jean Arp, Émile Gilioli, Marie Morel, Véronique Filozof et Georges Adilon ont collaboré avec les éditions qui ont publié Pierre Lieutaghi, Marthe Meyer, François Solesmes, Mireille Sorgue...Du beau et du bon. 

ROBERT MOREL
 

Si comme le Strict Maximum l'aventure OD RM vous passionne alors nous vous conseillons les trois ouvrages consacrés à  Odette Ducarre parus aux éditions Marie Morel : O, les 400 livres d'Odette Ducarre et Odette Ducarre l'architecture, tous disponibles ici.

ODETTE DUCARRE
O.

A présent nous sommes en droit de vous demander ce que vous faites encore avec nous alors qu'Odette et Robert vous attendent à Lyon et vous réservent bien des surprises. 


Pour les informations c'est par .



samedi 20 novembre 2021

La révolution Macrogauze.


Si le Strict Maximum vous revient en ce 20 Novembre ce n'est pas pour enfiler des perles en votre compagnie mais plutôt pour parler tissage. Nous allons aborder ensemble la vie et le travail d'un artiste dont nous avons eu vent il y a peu et qui mérite amplement sa place ici.  

Notre homme du jour est anglais, grand, brun et s'appelle Peter Collingwood mais ce qui est intéressant c'est qu'il est l'un des artistes textile les plus importants de ces 50 dernières années.


peter collingwood, tissage
Et hop.

Né en 1922 à Marvlebone, autant dire né on ne sait où, le jeune Peter Collingwood est d'abord destiné à être médecin histoire de perpétuer la tradition familiale. Bien que sentant rapidement que c'est loin d'être sa tasse de thé, Peter termine ses études. On ne sait pas  vraiment quand Peter Collingwood se met à tisser.

Tout semble débuter en Jordanie lors de son service national dans le Royal Army Medical Corps grâce à un métier à tisser improvisé avec deux chaises longues. C'est là semble-t-il que Collingwood tisse ses premières pièces; des foulards qu'il offre aux femmes officiers. A cette époque il reçoit en cadeau une tenture bédouine qui reste un bien précieux de longues années et le pousse à s'intéresser aux techniques de tissage du monde entier.

A son retour en Grande-Bretagne, c'est décidé, terminado la médecine! Peter prend les choses en main et contact le maitre tisserand Ethel Mairet auprès duquel il passe six mois à apprendre les techniques de tissage  élémentaires afin de se lancer dans de plus grands ouvrages.

peter collingwood
Peter Collingwood.

Il travaille ensuite avec deux autres tisserands de renoms, Barbara Sawver et Alastair Morton. Tous deux lui offrent la liberté de mettre en oeuvre ses propres idées et dieu sait qu'il en a beaucoup.

Peter installe son tout premier atelier en 1952 à Archway au nord de Londres. Il y construit son propre métier avec un peu plus que deux chaises longues cette fois-ci et y tisse de beaux tapis qu'il vend ensuite à de grands magasins.

2 tapis vers 1960.

Ca bouge réellement pour Peter Collingwood à partir de 1957, puisqu'il rencontre la providence en la personne d'Henry Morris qui vient de fonder une résidence pour jeunes artistes; la Digswell Arts Trust. Enthousiasmé par les débuts prometteurs de Peter, Henry Morris lui attribue une bourse, un appartement et un atelier. C'est là-bas que Peter rencontre le célèbre céramiste Hans Coper. Les deux artistes se lient d'amitié et participent une dizaine d'années plus tard à une exposition commune au Victoria & Albert Museum. 

peter collingwood, hans coper
Affiche de l'exposition Peter Collingwood & Hans Coper


Tapis vers 1967.

Vous vous doutez bien que ce n'est pas avec ses beaux mais simples tapis que notre Peter Collingwood va se faire un nom dans l'Art textile.  La renommée arrive lorsqu'il met au point une technique qu'il nomme le Shaft switching mais ne comptez pas sur nous pour vous l'expliquer. Nous savons simplement que cette méthode permet à Collingwood de tisser rapidement des dessins qui normalement demandent une mise en oeuvre beaucoup, beaucoup plus longue. Autre innovation à cette époque, la technique Anglefell

peter collingwood
Tissage Anglefell.

Le premier tissage Anglefell est le résultat d’une erreur de mise en oeuvre:  Collingwood  oubli de rabattre un côté de la trame d’une pièce qu’il tisse et plutôt que de passer une plombe à corriger le tissage, il décide de continuer avec ces non-lignes de trame parallèles. Ainsi né une nouvelle série de tissages épurés dont les trames et les chaines sont manipulées pour créer des formes géométriques. Collingwood sort petit à petit du cadre grâce à des ajouts de tiges métalliques qui lui permettent de structurer différemment ses tissages.

Collingwood au turbin.

Tissage Anglefell.

Angelfell et tiges.

Détail.

Peter Collingwood passe de ses Anglefells à son innovation suivante, celle qui lui vaut sa place au panthéon des tisserands: les Macrogauzes. Collingwood tisse en déplaçant les segments d'un certain nombre de fils de chaîne et les traverse en tissant de sorte qu'au lieu de suivre des lignes verticales parallèles les fils de chaine se croisent maintenant à des angles différents créant de nouvelles formes graphiques. Pas simple comme affaire.


 
    Collingwood concentré dans son atelier.

Macrogauze 1971.

Macrogauze 1973

Macrogauze 1975.

Macrogauze 1976.

En combinant ses différentes techniques Collingwood parvient à créer des structures en 3D à l'image de celle réalisée en fil d'acier inoxydable en 1997 pour le Performing Arts Centre au Japon mesurant plus de 2 mètres sur 4,5 mètres et pesant plus de 100kg.


Macrogauze 3D au Performing Arts Centre, Japon.

Peu avant les années 70, pour ne pas dire 1969, Peter Collingwood est mis à l'honneur lors d'une exposition à Colchester qui finalement fait le tour du monde participant ainsi à la renommée mondiale du tisserand.

Macrogauze 3D.

Macrogauze 3D.

L'artiste est auteur de plusieurs livres très influents sur le sujet dont le premier Techniques of Rug Weavind en 1968 reste le plus connu. Son préféré à lui est The Maker's Hand qu'il écrit en 1988 et dans lequel il analyse 100 structures tissées à travers le monde.

Macrogauze 3D, détail.

Le Succès des Macrogauzes lui permet de vivre entièrement et uniquement de ses talents de tisserand. Ses innovations et ses méthodes de production efficaces furent essentielles à son succès économique. 
Il obtient l'Ordre de l'Empire Britannique en 1974.

Macrogauze 1975.

Macrogauzes 3D, 1979.

Loin de faire comme le fil qui suit l'aiguille Collingwood parvint à créer un langage unique à travers ses tissages éthérés aux formes géométriques et ouvertes qu'il transporte vers le monde de la sculpture. 
Peter Collingwood ne cessera jamais de tisser jusqu'en 2008 où il déposera définitivement ses navettes.


dimanche 1 août 2021

Posez vos valises... à Notre-Dame-de-Bellecombe.


Notre équipe du Strict Maximum qui se désespère de vous voir enfin emménager dans des locaux à votre mesure vous vient en aide. Puisque vous ne trouvez pas chaussure à votre pied, nous avons fait les boutiques pour vous et nous avons ce qu'il vous faut. C'est d'ailleurs de chaussures à crampons dont il s'agit aujourd'hui car c'est en Savoie qu'on vous expédie et plus précisément  à Notre-Dame-de-Bellecombe.

Charmant village pittoresque à l'architecture relativement préservée, vous y trouverez principalement des fermes traditionnelles et de ravissants chalets. Vous pourrez vous rendre à Albertville situé à 25km  mais si  perchés à 1100m d'altitude vous vous trouvez en manque de bling vous pourrez rejoindre encore plus rapidement Megève  puisque seulement 10 misérables petits kilomètres vous sépare de la célèbre station. 

Pour l'heure restons à Notre-Dame-de-Bellecombe où le Strict Maximum vous a dégoté un chalet de 300m2  qui, sauf erreur, semble vendu fully furnished. Si  tel est le cas alors le prix affiché de 1 090 000€ est tout à fait justifié. 





Ce chalet édifié en 1975 bénéficie en plus de ses 300m2 habitables d'une cave, de deux grands garages et d'un terrain de 800m2 environ ce en plein coeur du village où, on ne va pas se mentir, il n'y a pas grand chose à voir.  


Le chalet est reparti sur 04 niveaux avec au RDC: entrée, local technique, chaufferie, cave et accès aux deux grands garages  de 26 et 27 m2. On monte et on arrive à l'espace nuit avec deux chambres équipées chacune de sa salle d'eau, une chambre parentale de 29m2 avec une magnifique salle de bain et WC indépendants.





On monte encore mais cette fois ci  c'est au 7 ème ciel qu'on arrive avec cet espace incroyable offrant une vue imprenable sur les massifs environnants. Nous préférons vous prévenir, l'escalier et la cheminée attirent tous les regards et il vous sera difficile de rivaliser même parés de vos plus belles toilettes.




Cet étage  accessible de plain-pied par l'arrière du chalet dispose d'une entrée également. On y trouve un dégagement avec WC, une cuisine indépendante avec parois vitrées donnant sur le double salon ainsi que  la  salle à manger et le coin lecture situé sur l'estrade.





Nous accédons au dernier niveau via le superbe escalier ruban desservant la grande mezzanine qui vous offre la possibilité de loger bon nombre de convives pour skier et plus si affinités. 



Comme vous l'avez vu, Pierre Paulin, Alain Richard, Arne Jacobsen, Vico Magistretti sont de la partie et sont apparement partis pour rester. Vraiment, il ne manque que vous.


Comme toujours pour une visite, un compromis c'est par ici. 



samedi 5 juin 2021

Nouvelles Images.


Nous venons de terminer la peinture de la 17ème fenêtre et ce ciel qui inonde contrarie les plans que nous avions pour la 18ème. Nous avons donc au Strict Maximum  un peu de temps à tuer ce qui tombe presque bien puisque nous avons également un sujet qui nous brûle les doigts depuis plusieurs semaines. Un de ces sujets qui s'impose à vous, un sujet qui était déjà présent dans d'autres sujets abordés ici mais suffisamment discret pour que nous n'y prêtions pas attention.

Si l'on vous dit Lombreuil, ça ne vous évoque rien? Si l'on vous dit Jacques Blanc, rien non plus? Nouvelles images peut-être? Toujours rien? Le Strict Maximum dont la bonté n'a d'égal que sa passion, va une fois de plus tenter d'y remédier.


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On dit bonjour à Jacques Blanc.

Au Strict Maximum nous aimons effectivement les histoires dans les histoires, et c'est le cas avec les  éditions Nouvelles Images dont nous vous parlons aujourd'hui. C'est le petit album "Pollution" de Véronique Filozof (dont nous vous avons parlé ici)  édité en 1973 par "les Nouvelles Images à Lombreuil 45" qui pique la curiosité du Strict Maximum. C'est même plus précisément ce "Lombreuil 45" qui nous intrigue et nous donne envie d'en savoir d'avantage sur cet imprimeur du Loiret, notre nouveau terrain de jeu. 

   

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Véronique Filozof, Pollution - Ed. Nouvelles Images,1973.

Véronique Filozof, Pollution - Ed. Nouvelles Images,1973.

Alors que nous avions remis cette petite enquête à plus tard, Odette Ducarre  nous ramène sur la route de Lombreuil. En effet lors de notre billet sur Odette (ici) nous avions noté sur notre to do list de visiter Thimory et Vimory, deux villages où Odette Ducarre a réalisé des vitraux en collaboration avec Paul Virilio. Hasard Ô grand Hasard, Thimory et Vimory sont des villages du Loiret et par où passe-t-on par joindre l'un et l'autre? Par Lombreuil! Et pile devant les locaux des Nouvelles Images en plus. Vous croyez au destin? Le SM oui.


Ancien et "nouveau" site des Nouvelles Images, Lombreuil.

Site des Nouvelles Images à Lombreuil.

Comme le sont la plupart des églises françaises, l'église de Vimory est fermée au public en dehors des dates et heures de réjouissances. C'est donc avec l'intervention d'une dame pieuse et très sympathique que nous parvenons à la visiter. Notre guide est intarissable à son sujet et nous apprend que la proximité d'avec Lombreuil n'est pas un hasard puisque c'est en fait Jacques Blanc, directeur des Nouvelles Images, qui à initié le projet de restauration des églises de Vimory et Thimory en y associant Odette Ducarre et Pierre Székely. Rien que ça. La machine est lancée.


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Vitrail et croix (?) d'Odette Ducarre.

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Vitraux d'Odette Ducarre et autel de Pierre Székely.

Vitrail d'Odette Ducarre et chaises de bois.

Pour raconter les Nouvelles Images il faut remonter aux années 50. La vie très différente d'aujourd'hui est alors marquée par un profond intérêt spirituel. C'est l'époque de la modernisation de l'art sacré à travers des initiatives avant-gardistes en conflit avec une tradition passéiste. C'est dans le quartier de l'église de St Sulpice que nous pouvons nous procurer le merchandising religieux. Nous parlons alors d'art saint-sulpicien, art qui ne propose aux fidèles que des images chargées aux sempiternels anges mièvres et autres saints trop souvent angoissants.

Ça donne à peu près tout sauf envie d'y croire.

Ce commerce d'images religieuses explose littéralement avec les nouvelles techniques d'impression. Seulement ces bondieuseries là ne sont pas du goût de Jacques Blanc et son épouse Nicole. Croyant et moderne,  le couple ne s'y retrouve pas. Qu'à cela ne tienne, puisque l'art sacré moderne n'est pas représenté  ils vont s'en charger. En 1957 et des poussières Jacques et Nicole croisent un couple de la même  trempe,  Robert Morel et Odette Ducarre. Robert et Odette ont fondé quelques années auparavant le Club du Livre Chrétien et participé à la création du Club du Disque Chrétien et joueront un rôle important dans l'histoire des Nouvelles Images.


Nos Bonnie & Clyde à nous, Odette & Robert.

Sur les conseils avisés de Robert Morel Jacques Blanc crée l'association loi 1901 le Club des Nouvelles Images où, hors des circuits habituels il va proposer des éditions de qualité à des prix aussi bas que possible. A cette époque Jacques est journaliste au quotidien La Croix et travaille également pour l'Agence France Presse. Pour l'aider à se lancer ses collègues journalistes proposent de placer des encarts pour présenter son association et lui permettent ainsi de recruter quelques centaines d'adhérents rapidement.


Journal (?) - Date de parution 13 décembre 1957.


De son côté Nicole Blanc démarche seule les boutiques de Saint-Sulpice, les musées et les librairies. Elle ne sera épaulée dans ses démarches que bien plus tard vers 1975.

Très vite un groupe d'amis s'associe sous l'initiative du Club des Nouvelles ImagesPierre et Véra Székely, Odette Ducarre et Robert Morel, Véronique Filozof, Jacques Le Scanff et Philippe Touvay.


Images Religieuses avec Székely, Ducarre, Zack, Filozof, Gilioli...

Le but du club est particulièrement audacieux puisqu'il souhaite s'adresser aux maîtres capables d'opérer le renouveau de l'art sacré. Pour y parvenir Jacques Blanc est aidé par plusieurs membres de l'église qui partagent sa vision. Le prêtre Amédée Ayfre devient son interlocuteur privilégié et ensemble les deux hommes rencontrent les artistes ou leurs ayants droit.

Dans un premier temps le Club des Nouvelles Images fournit une collection d'images et de cartes de noël, pas de quoi fouetter un chat nous direz vous mais des cartes et images d'artistes modernes à cette époque  c'est déjà une toute autre histoire. Cerise sur le gâteau, les oeuvres que ces artistes créent ou fournissent sont uniquement des oeuvres inédites. Progressivement le club introduit des cartes postales, une revue, des éditions de livres et même de sculptures.  


pierre székely
Carte de Noël 1963 - Pierre Székely 

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Carte de Noël 1969 - Jean Arp.

Le public que vise le club est loin d'être uniquement composé d'amateurs d'art et c'est en soit son grand pari : distribuer au plus grand nombre et dans tous les milieux la peinture contemporaine en utilisant le support de l'image imprimée. 

Le projet de Jacques et Nicole Blanc aurait pu rester à l'état de rêve mais l'accueil des artistes et le travail fournit par l'équipe en ont décidé autrement. Amédée Ayfre et Jacques Blanc mettent tout en œuvre  pour approcher les artistes qu'ils admirent et parviennent même à rencontrer George Braque. 


georges braque
Carte de Noël 1970 - Georges Braque.

sonia delaunay
Carte correspondance - Sonia Delaunay 1968.


On se demande alors comment ce petit club qui stocke ses premières impressions sous son lit parvient à attirer les grands noms de l'art contemporain. C'est grâce à Alfred Manessier. Quand Jacques Blanc et Amédée Ayfre le rencontrent, artiste majeur de l'école de Paris, il est alors considéré comme le chef de file du renouveau de l'art sacré. Il est le premier à introduire des vitraux abstraits dans une église. L'artiste pour qui "notre monde laïque à besoin de retrouver le sens du sacré" accepte avec joie de créer pour le Club des Nouvelles Images deux gouaches originales. Ce seront les premières cartes de noël et les premiers succès. 


Carte de Noël - Manessier 1957.

Carte de Noël - Manessier 1957.

Manessier fait vendre et donne du crédit au club. Les artistes qui lui sont proches s'intéressent alors à Jacques Blanc et à ses nouvelles images. Pour autant, faire tourner le club n'est pas de tout repos. Si l'enthousiasme des uns est réconfortant, il se heurte aux critiques véhémentes des autres. A la sortie des cartes de Manessier, le journal La Semaine de Paris manifeste ses réserves "Nous ne comprenons pas grand choses à cet art abstrait qui tente d'illustrer des inscriptions tirées de l'Ecriture Sainte" quand Paris Match annonce "une offensive contre le style Saint Sulpice". Plus tard lorsque les cartes de Matisses et ses nus bleus paraîtront plusieurs libraires y seront hostiles "comment un nu pourrait-il être bleu?" Bah oui comment?


Carte postale Nu bleu au bas verts - Henri Matisse


yves klein
Carte de Noël 1971 - Yves Klein.

Dès le début de la création du club, Jacques et Nicole sont décidés à proposer des reproductions à accrocher au mur. Les lithographies coûtent cher et ils pensent alors à des "affiches d'art contemporain". Après les cartes c'est donc au tour des affiches d'être proposées dans différents formats dès 1961. Là encore elle seront éditées à partir d'œuvres  inédites. Jacques et Nicole commencent avec un grand format de Véronique Filozof et trois de Székely. C'est véritablement en 1968 que le vrai départ pour la création d'affiches est donné avec celles de Braque. On parle d'Images Monumentales. En 1961, Jacques Blanc édite une carte de Braque "l'oiseau blanc sur fond bleu". Cette carte doit être présentée dans une émission télévisée et doit donc être largement agrandie. Une fois fait, Braque demande à  conserver l'agrandissement "quand une œuvre est réussie, elle n'a pas de mesure". 7 ans plus tard notre ami Jacques Blanc se souvient de cette phrase et décide pour ces 3 affiches de viser directement la dimension la plus grande techniquement possible en sérigraphie et donne naissance à deux choses, le reproductions d'art moderne et le très grand format.


Présentation de l'image monumentale de Braque - 1968.

Le public est conquis. Des groupes ici et là militent même pour le club. Certains organisent des expositions pour faire circuler les créations comme c'est le cas à Lyon avec Colette et Tony Bussery. La production du Club des Nouvelles Images commence à être perçu en premier pour ses qualités artistiques et attire de plus en plus d'amateurs d'art contemporain ce qui lui permet d'assurer une diffusion à l'international rapidement. En 1960 les trois-quarts des abonnés sont en France et le reste reparti entre le Belgique, la Hollande, la Suisse, le Canada et les Etats-Unis.


Bulletin néerlandais des Nouvelles Images -1960.

Le Club des Nouvelles Images entretient un lien particulier avec ses abonnés via les publications qu'il met en place dès le début des éditions. La communication à toujours été importante pour Jacques Blanc mais il ne s'agit pas simplement de communiquer sur les tarifs, les modalités ou les publications mais bien de partager une réflexion sur les artistes. Au delà des bulletins aux abonnés c'est par le biais d'une revue que ce lien est entretenu. En 1964, la revue " Formes Sacrées" est utilisée comme le support  d'une recherche intellectuelle parallèle aux recherches plastiques. Cette revue est un marqueur des différents changements au Club Des Nouvelles Images. D'abord "Formes sacrées" elle devient tout simplement "Nouvelles Images" en 1967 avec la parution du numéro 11, une appellation moins équivoque. 


Revues Formes sacrées.

Changement de nom pour la revue et changement de nom et de structure pour le Club des Nouvelles Images qui devient la SARL Nouvelles images. Egalement changement d'adresse puisque notre joli monde migre alors dans le Loiret et s'installe à Lombreuil grâce à l'achat d'un grand terrain aux Soeurs des Campagnes. La famille Blanc en profite pour se faire construire une maison à quelques centaines de mètres des bureaux et demande à Pierre Székely, c'est bien normal, de s'y coller. La maison est vite shootée par les incontournables de l'époque, Pierre Joly & Véra Cardot.


Maison à Lombreuil - Pierre Székely.

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Maison à Lombreuil - Pierre Székely.

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Maison à Lombreuil - Pierre Székely.

Nous avons retrouvé la maison grâce aux indications de notre guide d'église et une fois sur place nous avons pu constater les modifications apportées à la bâtisse: la partie triangle est devenue rectangle et une  terrasse couverte s'est emparée de la partie plate. La façade, elle, se retrouve bardée de bois. 

Suite à leur installation dans le Loiret, Jacques Blanc cesse le journalisme et se consacre exclusivement aux éditions. Le numéro 12 "La fin de l'art chrétien" coïncide à peu près avec les dernières éditions d'images à caractère religieux. Jacques Blanc se concentre ensuite sur l'art tout court. Certains numéros sont consacrés exclusivement à un artiste qui choisit textes et images: Arp, Ubac, Zack, di Teana, Sugaï sont de la partie.


Jacques Blanc.

Seulement, pour s'assurer pitance Nouvelles Images ne doit pas simplement se fendre d'une revue et papoter avec ses abonnés.  Jacques le sait et gâte son petit monde en ne proposant que des choses de qualité comme en témoignent les impressions réalisées en collaboration avec Pierre Székely. Un exemple parfait: Le livre de la Pierre édité en 1965. Székely conçoit son système d'impression propre et imprime à partir d'empreintes de ses marbres sculptés sur du papier filtre. Il utilise également cette technique pour les images précédemment tirées par Jacques Blanc. Le livre est composé de 12 estampes originales avec en regard le texte de Jacques Blanc. Les séries d'images d'Odette Ducarre, particulièrement lumineuses et texturées attestent également de cette volonté de proposer des choses exceptionnelles. 


Extrait du livre de la pierre - Székely, Blanc, Le Scanff 1965.

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Carte de Noël 1962 - Odette Ducarre.

Le papier c'est bien joli mais Nouvelles Images propose également des Objets, pour le coup véritables objets de désirs vendus quelques dizaines de francs afin d'en assurer la diffusion et surtout qu'ils soient accessibles par tout à chacun.  Il y a d'abord les croix de Székely, cinq en bronze, une en pierre, et une croix d'aube en chêne et acajou. Odette Ducarre ensuite avec une croix en bronze qu'elle préfère appeler Calvaire puisqu'il s'agit en réalité de 3 croix réunies en une. Nous retrouvons également Elisabeth Joulia et ses personnages de crèche en grès. En 63 place à Marta Pan avec -roulements de tambours- une planche à pain!  En orme, elle est présentée comme une sculpture noble pour offrir le pain. Alexandre Noll proposera également plusieurs modèles de croix, en bois évidemment.


Croix de Székely et Noll.

odette ducarre, nouvelles images
Calvaire en bronze, 1964 - Odette Ducarre.

Croix en chêne, 1965 - Alexandre Noll.


A l'époque le monde de l'art moderne voit apparaitre le concept de "sculptures multiples". Il s'agit de concevoir et d'éditer à plusieurs dizaines ou centaines d'exemplaires une sculpture originale pour en faciliter l'accès à un public plus large.  Les Nouvelles Images vont se frotter au concept et sortir 28 sculptures entre 1966 et 1972. C'est Jean Arp qui inaugure cette série en confiant une de ses étoiles aux Nouvelles Images. Initialement prévue en laiton brut, finition qui finalement ne lui rend pas justice, elle sera dorée à l'or fin et numérotée. Bien que ce changement implique un prix de vente plus élevé que prévu l'édition est un succès. La galerie La Hune à Paris en commande 50 et une centaine part briller en Amérique. 


jean arp, nouvelles images
Présentation de l'Etoile Arp aux abonnés. 1967.

Etoile, laiton doré à l'or fin - Jean Arp 1967.


Ce succès arrive alors que l'entreprise connait quelques difficultés et Jacques Blanc décide donc de poursuivre les éditions multiples. Jean Arp disparu, c'est son épouse Marguerite qui confie les reliefs suivants aux Nouvelles Images. Cette série est l'occasion de retrouver des artistes fidèles aux Nouvelles Images comme Odette Ducarre, Kumi Sugaï, Mario di Teana, Raoul Ubac, Emile Gilioli quand d'autres  collaborent pour la première fois comme Alicia Penalba et Osa Scherdin.



Arp, di Teana, Ubac pour les sculptures Multiples.

Sérigraphie sur plexiglas "Grille" - Kumi Sugaï 1969.


Jacques Blanc décide d'arrêter la collection en 1972. Même si certaines éditions rencontrent le succès, la fabrication reste coûteuse et les personnes à qui l'on vend une carte vous vous en doutez ne sont pas les mêmes que celles à qui l'on vend une sculpture de di Teana. Les circuits commerciaux et les salons ne sont pas les mêmes non plus. Les Nouvelles images ne peuvent plus mener de front des activités aussi différentes et choisissent donc de se concentrer sur l'édition illimitée à bon marché.


Carte postale 1965 - Henri Matisse.

Carte de Noël 1967 - Raoul Ubac.


Peu de temps après leur arrivée à Lombreuil Jacques et Nicole Blanc agrandissent le site et ouvrent une galerie. 
Le bulletin qui accompagne notre exemplaire du Pollution de Véronique Filozof parle d'une "manifestation" ayant rassemblée à Lombreuil 400 personnes autour d'un concert de free-jazz en plein air.
Des expositions sont alors à venir: Arp, Elvire Jan, Filozof et une présentation d'art africain. La fête bat son plein de longues années dans le Loiret.

Les années 80 sont marquées par l'exclusivité que les Nouvelles Images obtiennent auprès du couple d'artistes alors peu connu Christo et Jeanne-Claude.
En 1989 est lancée une collection de reproduction d'auteurs classiques sous la marque Rétrospective. Vendues à bas prix ces images d'une grande fidélité à l'original se vendent à plusieurs millions d'exemplaires. Courant des années 90 Nouvelles Images lance la Fold'n Please, une carte postale panoramique possédant un volet permettant de cacher la correspondance. Aujourd'hui c'est une des cartes préférée des musées.



Cartes Postales 1969 - Jean Leppien.


Nouvelles Images fait un sans faute jusqu'au début des années 2000 où est commis l'irréparable avec l'invention du sticker mural pour la collection HomeStickers: cette abomination qui sévit dans le monde de la "déco" au début des années 2000 et peut être même encore chez certains aujourd'hui. Au Strict Maximum nous pouvons alors faire le lien entre Nouvelles Images et nos locaux du Loiret puisqu'à l'achat en plus d'avoir les murs couverts de reproductions en tout genre nous y avons découvert également bon nombre de stickers muraux. Pourquoi? Parce que l'ancienne propriétaire travaillait aux Nouvelles Images! Encore une fois la boucle est bouclée, même si pour le coup nous nous en serions bien passé car point de Székely et autre Odette Ducarre mais plutôt des sitckers de Marilyn ou de New York. Il faut de tout pour faire un monde.


Le tout estampillé "Nouvelles Images".

les Nouvelles Images sont placées en liquidation judiciaire en 2013. Le site de Lombreuil repris par Hallmark, Yvon et Draeger est aujourd'hui toujours en activité.

Lors de la préparation de ce billet, long il est vrai, nous  échangeons avec Odette Ducarre au sujet de cette belle aventure. Odette nous apprend le décès de son ami Jacques Blanc peu après, Jacques qui
 n'aura donc pas attendu que le SM terminent ses recherches pour s'éclipser.
Au Strict Maximum nous vous souhaitons bonne route Mr Jacques Blanc et peut-être bonne lecture de là-haut et surtout un grand merci pour vos nouvelles images.