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lundi 31 août 2015

The Strathmore.

En cette chaude soirée d'un été qui n'en finit plus, le Strict maximum se sent d'attaque pour vous parler architecture, histoire, design, le tout aidé de quelques drinks glacés.


Nous nous intéressons ce soir au groupe de bâtiments "The Strathmore" édifié par Richard Neutra à la fin des années 30. Neutra qui se voit cité pour la première fois de sa vie -enfin de son histoire- sur le Strict Maximum. Pour une première c'est une première.




Strathmore est un groupe de quatre bâtiments totalisant huit appartements. Le hasard faisant bien les choses, il y a donc deux appartements par immeuble puisque 4X2 font 8.



La résidence tient son nom de la rue où Neutra choisit de la construire, "Strathmore Drive", située à Los Angeles tout près de l'Université de Californie. 

Strathmore est typique du travail de Neutra : lignes pures, toits plats, fenêtres en bandeaux et surtout pas de chichis.



Haut lieu de l'architecture moderne à Los Angeles, Strathmore est classé aux monuments culturels nationaux.

Le Strict Maximum pourrait s'arrêter là. Mais ce ne serait pas très "Maximum"! Ce qui nous intéresse dans l'histoire de ces immeubles est qu'ils ont été pendant quelques années le Home Sweet Home du couple Eames.


En effet, c'est par l'intermédiaire de Jon Entenza, propriétaire et éditeur du magazine Arts et Architecture, que le couple Eames rencontre Neutra travaillant alors sur le projet.



Neutra au balcon de ce qui sera l'appartement des Eames.

Le couple occupe un des appartements supérieurs dès 1941, date de leur arrivée à L.A, ce jusque 1949 lorsqu'ils déménagent pour la célèbre Case Study House #8. Le SM pense qu'il aurait lui aussi pris la poudre d'escampette. 


Entenza fit l'inverse du couple. Il vécu également à Strathmore mais après la vente de sa Case study House #9 conçue par Eames et Saarinen. 



L'intérieur de l'appartement occupé par les Eames à Strathmore.


Charles Eames au volant de sa voiture devant l'appartement du couple.



C'est dans cet appartement, que le couple mis au point la machine "Kazam!" Logée dans une chambre d'amis, ils mirent ainsi au point les premiers prototypes de meubles en contreplaqué moulé ainsi que les fameuses attelles à jambes.



Vous ayant écrit jusque plus soif et en attendant la publication - pour situer l'action dans l'espace temps au moment de la mise en ligne du billet, sachez qu'il est plus de minuit et qu'il fait toujours 25°- le Strict Maximum terminera ainsi :






mardi 25 août 2015

Jean Fradin.

C'est souvent compliqué d'identifier une céramique. Certains artistes sont mis sur le devant de la scène, leur travail se reconnait alors d'un coup d'oeil et soulever l'objet nous confirme si le coup d'oeil a été bon.

Et il y a les autres... Dont le travail n'est pas moins intéressant pour autant mais qui sont passés aux oubliettes pour de multiples raisons. Mais pas que, une signature évidente pour l'un semblera complètement illisible pour un autre.
C'est le cas de cette grande bouteille blanche en céramique, trouvée (soufflée) l'été dernier et dont la signature avait laissé le Strict Maximum perplexe jusqu'ici. 

céramique signée JF

céramique signée JF

Ce qui n'a pas été le cas d'un internaute qui a reconnu la patte de Jean Fradin! Peu d'informations sur l'homme hormis qu'il est né en 1945. Qu'il a été ingénieur chimiste, autodidacte en céramique. Fradin a également fait des stages à Sars-Poteries (Nord) et qu'il est devenu artisan et formateur en technologie céramique. En 1988, il fut l'un des membres fondateurs  du "Printemps des Potiers" de Bandol. Il a vécu dans le Var et il est décédé au début des années 2000. 

samedi 18 juillet 2015

Noces de Roche.

Le 21 Septembre 2013 le Strict Maximum prenait la photo ci-dessous à l'auditorium de Lyon Part-Dieu, séduit par l’œuvre mais également intrigué par un travail proche de celui d'Alexander Calder. Cette sculpture est de l'artiste français René Roche mais ça, nous ne le savions pas encore.


"Synchronie n°1" Lyon 1978

Quelques années plus tard nous voici avec cette sculpture dans le salon. René Roche s'est de nouveau trouvé sur notre chemin mais cette fois ci : aux puces de St Ouen. Moins monumentale et moins colorée, parfaite pour le SM. Dix ans de mariage, noces d'étain. Dix ans de relation, noces de Roche évidemment.


René Roche, c'est l'histoire d'un artiste qui ne cherchait aucune reconnaissance. Il ne souhaitait pas que son art s'expose dans une galerie mais plutôt qu'il côtoie la rue. Il voulait être utile comme un certain Vasarely. 

Monsieur Roche




Ce qui n'a pas empêché que son atelier soit dispersé en salle des ventes pour rejoindre galeries et collections privées... Mais n'est-ce pas le sort de tout artistes talentueux? Et la meilleure façon de le faire connaître du grand public, qu'il ne tombe pas dans l'oubli...




René Roche est né en 1932 à Estressin. Après une fomation mécanique au lycée, il est embauché à l'usine en tant que gareur. Il débute également la peinture à cette époque. A la fin des années 50, il organise ses premières expositions.





En 1973, il quitte l'usine pour laquelle il travaillait depuis 1967 pour se consacrer à l'art. Il ne cesse alors de travailler pour des commandes publiques aménageant des places et écoles grâce au 1% artistique. Cette mesure consiste à réserver une somme pour la réalisation d'une œuvre en cas de travaux.



Loin de fréquenter les milieux artistiques, et n'ayant jamais étudié l'art, c'est en effet plutôt du côté des espaces publiques que René Roche s'est épanoui. On trouve encore plusieurs de ses oeuvres à Lyon notamment sur la place de la Part-Dieu et dans le métro. Il meurt en septembre 1992. Ses oeuvres sont dispersées lors de ventes en 2012 et 2013 à Lyon et Paris.

"Progression" à Villeurbanne, 1982

"Sans titre" à Villeurbane, 1978 

Eglise d'Andancette en 1975. La sculpture de la façade a été retirée jugée trop choquante...



Le SM est enchanté d'avoir un petit de René à la maison, en attendant de voir plus grand quand il aura un beau jardin.



jeudi 12 février 2015

Les Bijoux de Margaret.

Grand amateur de bijoux de famille, c'est tout naturellement que le Strict Maximum vous parle aujourd'hui de Margaret de Patta.

Les bijoux De Patta, influencés par le mouvement Bauhaus, sont de véritables sculptures "prêt-à-porter".
Née à Washington en 1903, Margaret apprend les arts à San Francisco, et se passionne plus particulièrement pour la peinture. La bourse qu'elle décroche en 1926 lui permet d'intégrer la prestigieuse Art Students League de New York. 
De retour en Californie en vue de se marier et ne trouvant rien qui corresponde a ses goûts modernes, elle décide de créer elle même son alliance.


Dans un premier temps, Margaret dessine beaucoup. Mais rapidement, elle ressent le besoin de voir et de toucher ses créations. Autodidacte, Margaret acquiert seule les techniques pour réaliser ses bijoux.


Une fois la machine en route, la création de bijoux devient alors l'unique moyen d'expression de Margaret, elle délaisse définitivement la peinture à laquelle elle s'adonne depuis de très nombreuses années. 




Pour De Patta, la conception de bijoux partage les mêmes préoccupations que l'architecture moderne et la sculpture : "espace,  forme,  tension,  structure organique, échelle, texture, interpénétration, superposition, et économie de moyens" en sont les maitres mots.


Désireuse d'élargir sa compréhension des dernières théories modernistes, ainsi que d'apprendre les nouvelles techniques et d'explorer de nouveaux matériaux, Margaret se rend à Chicago pour étudier à l'École de design avec son directeur fondateur László Moholy-Nagy.
Ancien membre du Bauhaus, Moholy-Nagy est reconnu comme novateur dans les domaines de la photographie et de la sculpture constructiviste. 

Souhaitant intégrer le concept de l'artiste hongrois de «vision en mouvement» dans ses bijoux, De Patta invente "opticuts". Ingénieux système dans lequel les facettes du quartz rutile agissent comme des fenêtres qui permettent à la lumière de pénétrer la pierre et de révéler ainsi sa structure interne. 


Elle parvint également à inclure des éléments cinétiques dans ses bijoux et a souligner la structure de ses pièces en inversant les éléments de conception positifs et négatifs. 


Même si elle ne passe qu'une année à Chicago, sa vie s'en trouve complètement changée.
Elle déménage tout d'abord de sa maison de brique pour une maison moderniste lumineuse.

Elle divorce ensuite de Samuel de Patta, et quelques années plus tard elle épouse le designer industriel et professeur Eugene Bielawski rencontré à l'école de Chicago.


En 51, Margaret devient l'un des fondateurs de l'école "San Francisco Matal Arts Guild" où elle y enseigne avec son époux.
L'école fait la promotion des principes démocratiques et devint rapidement la cible des politiciens adepte de "maccarthysme" l'accusant d'être un front communiste.
Le couple est mis à l'index et doit quitter l'école qui sera fermée quelques années plus tard. 




Après une tentative avortée d'ouvrir leur propre école Bauhaus, le couple se tourne vers la production en série des bijoux de Margaret.
Pour cause, la réalisation artisanale des pièces est tellement chronophage que les prix pratiqués sont élevés et ne permettent qu'a une clientèle aisée de se les offrir.
Le fait de vendre seulement aux riches est en conflit avec la philosophie de conception démocratique du Bauhaus et contrarie fortement De Patta. 



Le couple fonde alors "Designs Contemporary" une société qui leur permettra de produire des bijoux pour la classe moyenne.
A cette occasion, De Patta conçoit 40 à 50 modèles en argent en éditions limitées.



Les pièces de production, principalement des bagues et des broches, sont vendus à travers le pays à des prix abordables. 
De Patta et son mari sont emballeurs, expéditeurs, gèrent le  marketing, mais fabriquent également.
Les bijoux se vendent surtout en Californie où les gens semblent être plus ouvert à la  vague moderne.




De Patta peine à sortir de l'artisanat, elle crée alors une ligne de bijoux fantaisie mais celle ci ne rencontre pas le succès qui permettrait à l'entreprise de maintenir le cap.
Margaret participe à un concours de création de bijoux, aboutissant à une production de masse par un grand fabricant. 
De Patta passe des centaines d'heures sur les dessins, donnant naissance à des objets sculpturaux aux formes biomorphiques.
L'organisateur dira qu'il était évident que De Patta ne gagnerait pas le concours "tant ses créations étaient complexes et avant-gardistes."

En 1957, le couple ferment l'entreprise faute de résultat.

De Patta tournée plus que jamais vers l'expérimentation, donne des conférences sur les techniques nouvelles tout en créant des bagues, broches et boucles d'oreilles pour certains points de vente.



A cette époque, le couple fréquente beaucoup d'artistes de la baie de San Francisco.
Margaret aime particulièrement échanger ses bijoux contre les œuvres de ses collègues et amis.
Margaret acquiert ainsi une sculpture de Ruth Asawa en échange de bijoux. Elle troque également ses créations contre des photos avec Imogène Cunningham .
Elle apprend -contre quelques bijoux- la musique baroque bien qu'atteinte progressivement de surdité.



Frustrée par les échecs qu'elle rencontre, Margaret sombre peu à peu dans la dépression.

Elle se suicide le 19 Mars 1964.

Merry Renk, bijoutier et ami de longue date de Margaret dira qu'elle était également terrorisée à l'idée de vieillir.
Il écrira dans une lettre adressée à l'époux de Margaret : 

"En vieillissant, nous nous rendons compte que les meilleures années sont celles où nous sommes totalement absorbés par ce que nous aimons le plus faire au monde. De ce point de vue, aucun de nous n'a autant vécu que Margaret"