samedi 26 mai 2018

Schlichenmaier.


Le Strict Maximum ne pourra plus vous inviter à diner car dorénavant, la table est prise en permanence. A qui la faute? A Hildegund Schlichenmaier (à vos souhait) qui fait son entrée au SM avec cet imposant grès qui date vraisemblablement de la fin des années 60 ou des années 70, en tout cas pas d'hier.





D'origine allemande, Hildegung Schlichenmaier (1941- ? ) entreprend d'abord des études de lettres. C'est après avoir vu une exposition de céramique à Bourges qu' elle décide d'étudier la céramique dans l'atelier d'Antoine de Vinck en Belgique puis dans celui de Pierre Mestre à la Borne
Par la suite, elle entre à l'atelier de Jean et Jacqueline Lerat à l'Ecole des Beaux-Arts de Bourges, où elle rencontre son futur mari, Rémi Bonhert (1943- ? ) ancien stagiaire chez Yves Mohy. En 1968, ils s'installent près de la Borne, où ils fondent leur premier atelier et construisent un four à bois.  En 1969, le couple de céramiste fonde avec Jean-Pierre Bonardot "L'atelier de Redan".






Parmi les élèves des Lerat, ils sont sûrement ceux qui demeurent les plus fidèles à leur famille d'esprit. Ils leur sont d'ailleurs comparables par le fait qu'ils travaillent en couple et que leur oeuvre évolue lentement, de pièce en pièce, grâce à une même sensibilité nourrie par l'observation de la nature, augmentée d'un intérêt conjugué pour les arts populaires et l'art contemporain.  Et plus si affinités bien entendu.

Comme les Lerat, ils rejettent la manière japonisante qui, sous influence de Bernard Leach et de Shoji Hamada, est très en vogue à la Borne dans les années 70. Ils lui préfèrent un équilibre entre conception architecturale -l'architecture étant la formation initiale de Rémi Bonhert- et une veine organique exacerbée. Leur oeuvre appartient donc essentiellement aux règnes végétal et animal: formes ouvertes, travaillées d'empreintes, de sable, de chamotte pour les pièces d'Hildegund; constructions plus géométriques, mais elles aussi inspirées de la nature (nids d'insectes, graines compartimentées à l'infini...) pour la production de Rémi Bonhert.
Ils participent  à la première exposition de céramique contemporaine  du Musée des Arts Décoratifs de Paris en 1982.

Le couple quitte ensuite la Borne  pour s'établir en Alsace à Turckheim, près de Colmar, où ils construisent un nouveau four à bois.

Les informations glanées de-ci de-là sur ces céramistes étant plutôt maigres, si de bonnes âmes souhaitent apporter leur contribution, et ainsi avoir l'honneur et le plaisir de participer aux pages les plus SM de l'histoire de Blogspot elle sont les bienvenues !

Le Strict Maximum vous propose de terminer avec l'oeuvre du couple.





























Pour ce qui est des invitations à dîner évoquées en début d'article, que les quelques privilégiés qui en bénéficient ne s'inquiètent pas. Nous pourrons toujours partager un club sandwich côté salon, face à Hildegund.




samedi 12 mai 2018

Nakashima.


Le Strict Maximum vous emmène aujourd'hui à la découverte du travail d'un artiste du bois, architecte de formation, dont le travail et le rapport à la matière sont à rapprocher de ceux de nos archi-designers français, Melle Perriand et le Père Chapo, le grand George Nakashima.

George Nakashima

Né dans l'état de Washington, l'ébéniste et designer George Nakashima commence ses études en sylviculture et architecture à l'University of Washington et obtient sa licence d'architecture en 1929.
Nakashima étudie ensuite à l'Ecole Américaine des Beaux-Arts près de Paris.
Il commence sa carrière d'architecte designer pour les Long Island State Parks et le gouvernement de l'Etat de New York.
En 1933, grand voyageur, Nakashima s'envole en Inde et s'établit ensuite au Japon où il apprend l'ébénisterie artisanale traditionnelle.
Il travaille deux années avec l'architecte Antonin Raymond avec qui il devient ami.

Chaises Conoid et table Sanso.
Bahut séparateur de pièce Conoid

A la fin des années 30, Nakashima rentre aux Etats-Unis et ouvre son premier atelier de mobilier à Seattle.
En 1942, alors que la guerre bat son plein, ses origines japonaises le conduisent lui et sa famille dans un camp de l'Idaho, où ils sont internés.
Il y  fait la rencontre d'un maitre charpentier  forcément japonais avec qui il parfait son apprentissage.
Si l'époque n'est pas favorable aux japonais, avoir séjourné au Japon et y avoir travaillé avec Antonin Raymon l'est bien plus à Nakashima puisque c'est grâce à son intervention qu'il quitte le camp avec sa famille un an après leur arrivée.


Lampe Kent Hall dessinée pour l'Université Columbia.

Enfilade suspendue

Bureau Minguren.

Quelques temps après, Antonin propose à Nakashima d'ouvrir un atelier dans sa propriété de New Hope en Pennsylvanie.
Nakashima se consacre alors totalement au travail du bois. Assisté d'une poignées de collaborateurs, il conçoit ses meubles de manière complètement artisanale.


Maison de Nakashima

Maison de Nakashima

Maison de Nakashima

Maison de Nakashima

Il laisse transparaitre la noblesse naturelle et robuste du bois, utilise les marques du temps visibles, se sert des nervures et des noeuds pour dessiner une ligne moderne emprunte de traditions.
Nakashima met au point une agrafe en forme de papillon lui permettant de joindre deux pièces en bois, agrafe qui deviendra sa signature.


Nakashima, son épouse et leur fille Mira.

Repéré dès le début de sa production, une grande partie des ses oeuvres sont destinées au géant Knoll, son principal client dès les années 40.
Nakashima accompagné de Mr et Ms Benett.

Intérieur des Benett.

Dans les années 70, il aménage plusieurs espaces intérieurs de bâtiments importants tels que le Monastère du Christ du Désert à Abiqui au Nouveau Mexique ou encore la résidence du gouverneur Rockefeller pour qui il dessine quelques 200 pièces.
Il conçoit également une cinquantaine de modèles pour un couple de collectionneur, les Benett, récemment vendus aux enchères au LAMA (Los Angeles Modern Auctions)

intérieur du gouverneur Rockefeller.
Un George drôlement bien équipé.
Il réalise également des "tables de paix" dans les années 80, qui résument à elles seules la philosophie du designer pour qui la spiritualité, la fonction et l'esthétique ne font qu'un.


 "Table de paix" cathédrale Saint-Jean le Theologien à New York. 

George Nakashima devant une "table de paix"
George Nakashima meurt à New Hope en 1990, marquant ainsi le monde du design par sa conception particulière qui mêle le savoir faire oriental, le choix de la sobriété et la naturel du style "Art Craft" qui émane des mouvements modernes de l'architecture occidentale.

Résidence de Nakashima.
Pool House de Nakashima.

Salle de bains de Nakashima.

Aujourd'hui les productions Nakashima sont dirigées par son unique fille, Mira, son assistante de coeur depuis son plus jeune âge.

George et sa fille Mira.

Le travail des enfants, déjà un problème.

Son oeuvre se ballade aux quatre coins du monde, comme aimait le faire Nakashima, allant du Metropolitan Museum of Art de New York, au Musée national d'Art Moderne de Tokyo en passant par le Victoria and Albert Museum de Londres. 

Enfilade double portes coulissantes.

Plaque Ikebana.
Nous espérons au Strict Maximum que ce court instant passé avec Nakashima vous aura été agréable  comme il est toujours agréable à nos quatre yeux de tomber sur l'une de ses créations.
Terminons donc ici avec un proverbe japonais qui dit " On commence à vieillir quand on finit d'apprendre" et qui sous-entend donc que le Strict Maximum est votre elixir de jouvence.
Bonne soirée à vous chers jeunes lecteurs.

mercredi 18 avril 2018

Sur commande.



A cette heure ci nous devrions nous assurer du pli net de nos pantalons en popeline, effectuer une selection de nos plus belles chemises, cirer nos souliers, piocher quelques vestes mais il n'en sera rien. Il n'en sera rien puisqu'Air France a pris la décision unilatérale de supprimer notre vol. Pas de Florence donc pour le Strict Maximum cette semaine.


Cet avion ne décollera pas.

Dans l'unique but de nous aider à gérer notre frustration nous décidons de former ce soir un groupe de discussion dont vous faites désormais partie et au cours duquel vous n'aurez pas votre mot à dire. Le sujet est "Que faire lorsque le meuble de vos rêves reste introuvable?" 
Pas de rapport direct avec le coup bas d'Air France et encore moins avec l'Italie mais rappelez-vous que tous les chemins mènent à Rome et cette discussion mène à Pierre Chapo.

Depuis huit années, la haute fonction de "meuble principal" au Strict Maximum était tenue par une enfilade pêchée à Meudon La Forêt à l'aube du retour fracassant du scandinave dans nos intérieurs. Nous pouvons tous saluer ces huit longues années de service effectuées sans qu'au SM personne ne se lasse, et vous aurez deviné que c'est là que se niche la véritable prouesse.



Savourez donc une photo d'archive.

Il y a quelques mois, notre équipe pleine d'espoir s'est donc lancée à la recherche de sa digne remplaçante. 
Seulement, rien. Rien qui ne fasse trop scandinave, trop reconstruction, trop design français. Il y avait bien cette enfilade Cansado de Charlotte Perriand -que l'on croise d'ailleurs un peu trop- mais définitivement non. Trop petite, trop foncée et trop plaquée.

Enfilade Cansado, trop petite, trop foncée, trop plaquée.

De longues semaines d'errance mènent alors votre cher Strict Maximum sur la piste d'un meuble suspendu du père Chapo.
Ce dernier, localisé mais pas à vendre, génère bien des tracas au SM.


meuble Chapo - pièce unique 1967

Le même meuble, toujours unique et de 1967.

Un autre meuble Chapo vint hanter l'esprit du SM. Croisé dans le livre de Hugues Magen, page 100, une superbe pièce présentée au Salon des Arts ménagers de 1966, recouverte de ce qui semble être du stratifié noir.


Stand Chapo, Salon des Arts ménagers, 1966.


De ces deux visions née l'idée comme du caillou l'étincelle.
Puisque zéro + zéro égale la tête à Toto, le modèle unique + l'enfilade du Salon des Arts ménagers égale l'enfilade du SM.
C'est à ce stade qu'intervient Fidel Chapo et son talent. Après plusieurs échanges le meuble prend vie, combinant le dessin du premier, l'aspect du second, le tout aux  dimensions idéales de l'enfilade sortante.




Evidemment chez Chapo, on ne dit pas une enfilade mais un bahut. Rien que dans le mot c'est déjà plus costaud. Le SM est donc désormais propriétaire d'un beau bahut, un bahut Ulrikk, dessiné et fabriqué rien que pour lui.




En situation ça donne un bon gros bahut d'une centaine de kilos qui pourtant flotte dans l'air. La ligne est simple, pure, moderne.






C'est fou comme un bahut peut faire du bien, comme ce voyage en Italie nous semble bien loin et finalement pas très important. Ce qui compte vraiment c'est d'être bien entouré chez soi. Et c'est un SM particulièrement ravi et rassuré qui vous quitte ce soir. Rassuré de voir qu'après quelques semaines, le bahut tient toujours accroché au mur.