mercredi 20 mars 2019

L'OCE.



C'est un Strict Maximum en pleine forme que vous retrouvez aujourd'hui. Le ciel est bleu, le soleil brille et les oiseaux s'adonnent à de délicieux cui-cui, le tout raccord avec l'arrivée du printemps.
Vous parler d'oiseaux arrange fort bien nos affaires puisque le sujet du jour n'est autre que "L'OCE", autrement dit L'Oeuf Centre d'Etudes.
L'OCE c'est qui? c'est quoi?


Signature de L'OEUF (merci Tony)

Créé à Paris en 1962, L'OCE est un atelier de création multidisciplinaire  qui a pour but premier de mettre en place une possibilité de recherche de matériaux d'animation des surfaces architecturales.


Résidence, Paris 11e arrondissement.

Les créateurs choisissent comme nom "L'Oeuf" qui dans sa perfection géométrique associe grande résistance et apparente fragilité.
A cette époque, si les architectes trouvent aisément de nombreux matériaux pour la réalisation technique de leurs ouvrages, il n'en est pas de même pour les éléments spécifiques de décoration et d'animation.

 Paris , 15e arrondissement.

Autour de cette idée, Jacques Bertout, Jean Piantanida, Pierre Puccinelli, Roger Brusetti, Charles Miglierina, Charles Gianferrari René Edouard, Maurice François, Françoise et Maurice Idoux, Jean Souchal, Lazaretto et Pighin forment ensemble L'Oeuf centre d'études.
L'équipe ainsi composée d'architectes, de designers, de peintres, de sculpteurs et de mosaïstes, trouve de suite son vocabulaire stylistique autour d'une première exposition dans le hall d'accueil d'une société spécialisée dans le verre, la société Boussois. L'Oeuf venait d'éclore. COCORICO.


Signal d'entrée d'un immeuble Porte de la Villette.

Le bureau d'études est constitué de quatre groupes de travail. Le premier groupe s'occupe exclusivement de l'animation murale. Il conçoit des œuvres originales illustrant certaines parties de l'architecture. 
Le deuxième groupe se charge de la sculpture dans toutes ses formes. 
Le troisième est le groupe "design" qui a pour tâche de créer et d'organiser les produits qui sont fabriqués par l'industrie de façon semi-artisanale ou totalement industrielle.
Le quatrième groupe est voué à l'architecture intérieure.


Paris, 19e arrondissement.

Détail d'une mosaïque, Neuilly.

Si initialement les études portent sur le bois, la céramique et pâte de verre, elles s'étendent rapidement à d'autres matériaux comme l'aluminium, l'inox et le plastique.
L'OCE fait preuve d'une dynamique permanente dans les divers domaines de sa compétence.

Exécution d'une mosaïque en atelier.

La conception de mosaïques monumentales tient pendant 30 ans une place prépondérante.
Dès les débuts, les sculpteurs Jacques Bertoux et Charles Gianferrari réalisent ensemble des œuvres commémoratives ou ornementales. La première mosaïque réalisée à Chalon-sur-Saône est essentiellement composée avec la pâte de verre alors que la seconde, à Strasbourg cette fois ci, mixe déjà les pâtes de verre, la terre cuite et les marbres.


Exécution d'un panneau pour un hall d'immeuble, Paris 16e.

Les premières années, les mosaïques sont proches du figuratif mais l'équipe passe rapidement à la géométrie, thème des quelques 270 œuvres à venir.
Au cours des années 70 de nouveaux partenaires viennent rejoindre l'atelier, d'autres le quitte pour suivre des routes différentes. 

Panneau décoratif en cours de montage.

Si L'OCE est tout naturellement associé aux mosaïques, il l'est moins à la sculpture.
Les sculptures réalisées par le centre d'études sont de savantes organisations géométriques combinatoires de la sphère, du triangle du cercle et du carré, géométrie quand tu nous tiens!
Certaines sont constituées de blocs de bétons de formats différents utilisés comme des empilements de jeux de construction.


Sculpture, faculté des sciences de Bordeaux.


Sculpture en cuivre et inox, Paris 15e arrondissement.

Les sculptures réalisées en acier "Cor-ten", très prisé à l'époque, ne sont pas sans rappeler les créations de Berto Lardéra.
L'OCE s'intéresse particulièrement à ce matériau dont l'oxydation est une esthétique.


Sculpture en acier Cor-Ten, Lycée technique à Senlis.

Un L'Oeuf et une Poule.

L'OCE c'est également tout une game de matériaux et de décors muraux. La diffusion de ses créations est assurée par la société Islo. Cette gamme comprenait bons nombres d'éléments de grandes dimensions en liège comprimé, des reliefs en bois, des panneaux de céramique émaillée, des modules combinables en terre cuite, des revêtements utilisables en intérieur ou extérieur.


Eléments modulables modèle "Créteil"

Particulièrement créatif et touche à tout, le centre crée également des luminaires pour une filiale du groupe Mazda, des appareils sanitaires pour Villeroy et Boch, des poignées de portes en fonte aluminium et acier inox, une ligne de vaisselle en porcelaine blanche.
Durant la dernière décennie de son activité, le centre s'attaque même au mobilier urbain et sera diffusé par la société Cemusa à Madrid.


Eléments modulables modèle "Créteil"

Eléments modulables "Triangle"

A la fin des années 80, L'OCE réduit ses activités. Une équipe plus modeste s'installe à Montreuil. 
Elle se consacre essentiellement à la conception de nouvelles mosaïques aux motifs évoluant vers une rigueur constructive, des variétés de matières et de couleurs de plus en plus savantes et sophistiquées.


Hall d 'immeuble, Nogent.


Détail d'une mosaïque, Paris 18e arrondissement.

L'Oeuf centre d'études est ainsi pendant trois décennies un cas rare si ce n'est unique de collégialité dans le domaine de l'art monumental, du décor de la rue et de l'architecture.
Si en faisant de la céramique son activité principale, le centre d'études marque un véritable changement esthétique dans cette forme d'art ancestrale il ne répond nullement à la fameuse question: qui était là en premier, l'oeuf ou la poule?





jeudi 28 février 2019

Nuances de grès.


Le mois de mars commence avec une nouvelle exposition à Paris -"Nuances de grès"- mettant un Bornois à l'honneur. Il s'agit de François Maréchal, né en 1945, céramiste discret ayant fait ses marques auprès de Jean Linard et les Beaux-arts de Bourges dans l'atelier de Jean Lerat.
La Galerie Prisme présente 18 nouvelles sculptures réalisées à l'automne 2018 et cuites dans un four à bois récemment construit. Et qui de mieux placée que la galeriste pour parler de ce temps fort? (mais pas que!)



Chancelia Debraux, vous présentez le travail du céramiste François Maréchal. Comment définissez-vous son travail?

François Maréchal est un artiste discret, son travail -qu’il effectue à la plaque- est très structuré, presque architectural. L’idée du rétrécissement de la base donne à ses vases ou sculptures une autre dimension qu’il accentue par des effets de matière en mélant à sa terre du sable ou des graviers et en jouant sur les contrastes avec ses engobes blancs sur la terre noire. C’est pour cela que nous avons choisi ce titre « Nuances de grès » pour cette exposition.

Il y a un an et demi, la Galerie Les Modernistes devenait la Galerie PrismePourquoi ce changement après seize années d'activité?
Nous avons ouvert notre première galerie en 2002 dans le quartier d'Aligre avec comme fil conducteur le design d'après-guerre, les fameuses «trente glorieuses » Avec du mobilier, de la céramique et des luminaires. Parmi les designers présentés: Alain Richard, Pierre Paulin, Mathieu Matégot, René Jean Caillette, Charlotte Perriand, Pierre Guariche... la liste est longue ! En céramique, quelques pièces de Roger Capron, Georges Jouve, Jean et Jacqueline Lerat, Mado Jolain, Robert Deblander, et bien d'autres. Les modernistes évoquaient pour moi une époque, une ligne, le Bauhaus, l'architecture et cela collait bien aux scénographies XXème qu'on présentait alors à la galerie. Petit à petit, mes goûts pour la céramique ont pris le dessus sur le mobilier. Il fallait trouver un nouveau nom pour marquer ce tournant. Le nom des Modernistes nous collait à la peau, nous avons très vite trouvé Prisme pour évoquer le regard différent que chacun peut porter sur un même objet.



Avez-vous le sentiment qu'il y a un regain d'intérêt pour les oeuvres en céramique, que vous touchez une nouvelle clientèle de collectionneurs ?
La céramique fait partie du monde de l'art un peu partout en Europe, elle a tardé à accrocher le collectionneur français plutôt enclin à acheter du mobilier design, de la photo, des tableaux. En France, elle était réservée à un petit milieu de collectionneurs avertis. Depuis quelques années, un vent de « retour à la terre » semble s'emparer des nouvelles générations qui découvrent les possibilités infinies de ce matériau céramique à la frontière de l'art et de l'artisanat. La sculpture céramique ne s'est jamais aussi bien vendue...





Parmi les artistes représentés de manière permanente à la galerie, on trouve le couple de céramistes parisiens Andrée et Michel Hirlet que vous avez rencontré d'une manière plutôt atypique...
C'est en effet une vieille histoire qui remonte à 2004, Andrée Hirlet et moi étions assises l’une à coté de l’autre à l’hôtel Drouot. Novice, elle me questionnait sur le fonctionnement des enchères. De fil en aiguille nous nous sommes présentées, j’apprends qu’elle et son mari sont céramistes à Paris et je lui parle de mon métier. S’en suit une visite à la galerie. J'avais en vitrine un miroir en grès dont je ne connaissais pas le créateur, il s'est avéré qu'il était des Hirlet !
Cette rencontre est capitale dans mon parcours de galeriste. Je n'expose que des choses que j'aime, anonymes ou pas. Nous nous sommes revus dans leur atelier et l'idée d'une exposition s'est rapidement concrétisée. 40 sculptures en grès toutes époques confondues ont fait l'objet d'une petite rétrospective en 2005. Depuis, nous avons en permanence des sculptures du couple à la Galerie Prisme.

Les objets ont souvent des histoires, en avez-vous une à nous raconter sur l'un de ceux qui vous entourent à la galerie?
Il s'agit d'une sculpture des Hirlet justement. En 2009 en arrivant au 3 avenue du Père Lachaise, nous voulions mettre à l'honneur les artistes défendus depuis nos débuts à Aligre, et nous avions demandé aux Hirlet de nous créer une série de 30 bols pour l'inauguration.
Les plasticiens m'ont regardée un peu dépités car l'utilitaire n'a jamais été « leur truc ». Mais très imaginatifs comme ils sont, ils m'ont proposé de créer 30 pièces sur le thème du bol. Et sont sortis du four 30 magnifiques sculptures revisitant le bol.

Une exposition à nous conseiller ?
Vasarely à Pompidou, précurseur et résolument moderne !






"François Maréchal, nuances de grès"
Du 1er au 31 mars 2019 à la Galerie Prisme, 3 avenue du Père Lachaise, Paris XXème.
Vernissage vendredi 1er mars dès 16h en présence de l'artiste.


dimanche 17 février 2019

Alicia Penalba.



La météo nous annonce une semaine radieuse. Rendons la parfaite avec le travail d'une artiste de grand talent mais dont le travail n'est que trop peu montré, Alicia Penalba.

Alicia Penalaba 

Alicia Pérez Penalba voit le jour en 1913 à San Pedro près de Buenos Aires. 
Enfant, Alicia déménage au gré des chantiers de son père, constructeur de voies ferrées. Elle passe une partie de son enfance au Chili mais également en Patagonie ainsi que dans la province de San Juan, au pied de la Cordillères des Andes.
Elle manifeste rapidement son interêt pour le dessin et la peinture. A quatorze ans, Alica profite d'un emploi de secrétaire pour échapper à la sévérité de ses parents et s'inscrit également à des cours du soir de dessin.


Elle entre à l'Ecole des Beaux-Arts de Buenos Aires en 1930 et obtient son diplôme de professeur de dessin et de peinture. Elle participe à des salons et expositions collectives et obtient plusieurs prix nationaux.

Sculpture murale Relief Chinois, bronze - 1960.

En 1948 Alicia Penalba obtient une bourse du gouvernement français et s'installe à Paris.
Elle débute la sculpture en 1949 après avoir intégré la célèbre école d'Art "L'Académie de la Grande Chaumière". Elle travaille trois années durant dans l'atelier du sculpteur Ossip Zadkine et abandonne définitivement la peinture.

Collage sur fond lithographique 

Le travail de Arp, Brancusi, Giaccometti marque son esprit. Elle rencontre François Stahly et Marino di Teana alors jeunes sculpteurs  avec qui par la suite elle participera à de nombreuses expositions collectives.


Alicia Penalba s'installe à Montrouge dans un petit atelier en 1950 et y crée sa première sculpture abstraite. Elle détruit la plupart de ses premiers travaux. Elle a choisi sa voie: une sculpture abstraite aux accents architectoniques. 


Elle explore la verticalité dans la série "Totems" ou dans ses "Liturgies végétales" évoquant des plantes exotiques pétrifiées, réminiscences de ses traversées du désert et forêts tropicales du Chili et d'Argentine en compagnie de son père. C'est déjà à cette époque qu'elle acquiert quelques-unes des constantes qui caractériseront son style.

Sculpture de la série des Totems.

Le Grand Double - Milwaukee, Wisconsin.

A la fin des années 50, les rythmes se fractionnent en éléments distincts entre lesquels joue la lumière. Elle commence à réaliser des sculptures pour l'architecture et  met au point des pièces en forme de pétales s'accrochant aux murs par des solutions extrêmement audacieuses. 

 Sculpture monumentale murale.

 Sculpture monumentale murale.

Elle reçoit en 1961 le Prix international de Sculpture de la 5ème Biennale de Sao-Paulo. Ses expositions se multiplient allant de New York à Zurich en passant par Paris et Caracas.

 Alicia Penalba dans son atelier parisien.

Trilogie - 1965

Au cours des années 70 elle se tourne vers les arts décoratifs et crée cinq formes de vases en porcelaine, une sculpture en grès en édition limitée et travail également avec la Manufacture de Sèvres sur les décors de coupes et assiettes.
Elle réalise également des tapis et tapisseries avec la Manufacture des Gobelins et plusieurs ensembles de bijoux. 


Sa vision de la sculpture la place parmi les artistes les plus importants de sa génération. Son oeuvre s'inscrit -aux côtés de celles de Stahly, Longuet, Boisecq- parmi celles qui participent au renouveau de la sculpture à partir des années 50.

Alicia Penalba meurt accidentellement en 1982 près de Dax, sa voiture fauchée par un train.



Si le travail d'Alicia Penalba vous botte, le Strict Maximum vous invite à vous rendre à la Galerie Jean Marc Lelouch où sont exposés jusqu'au 28.02 des sculptures en bronze, plâtre mais également des collages, la plupart très colorés et très jamais vus! 
Allez! En route mauvaise troupe!

lundi 21 janvier 2019

Alain Gaudebert / Ismail Yildirim



Les expositions communes, c'est l'occasion de voir les nouvelles pièces de l'artiste que vous suivez -Alain Gaudebert en l'occurrence- et de découvrir le travail de celui avec qui il partage l'affiche: Ismail Yildirim.

Alain Gaudebert n'est plus à présenter, le petit homme de 82 ans vit à deux pas d'Auxerre. Dans son atelier, il conçoit et cuit de grandes pièces de plus d'un mètre que vous pourrez admirer dans cette exposition. Un travail essentiellement autour du noir charbonneux sous forme de blocs et sculptures abstraites. On retrouve également des réinterprétations de la bouteille où elles semblent dialoguer, presque anthropomorphes.







Alain Gaudebert expose dans l'atelier parisien de l'artiste Ismail Yildirim qui n'est autre que son voisin dans l'Yonne.
Ismail est un touche-à-tout. Il taille le bois et la pierre, il peint et réalise des sérigraphies, mixant parfois les techniques. Il expose régulièrement à Paris et en Turquie, son pays d'origine. Le corps et le portrait sont récurrents dans son travail. Parfois à la limite de l'abstraction. Tout comme ses paysages, que l'on ne voit pas toujours à la première lecture.







De l'atelier à l'appartement, il n'y a qu'un pas,  Le Strict Maximum a littéralement plongé dans la nuit de cette toile.





Vous avez jusqu'au 31 janvier pour voir l'exposition Alain Gaudebert / Ismail Yildirim et c'est au 52 rue Piat, Paris 20ème (Tous les jours, 14h30-19h)